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~ And they call me under. [PV C.]

 
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 ~ And they call me under. [PV C.]

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Ruby Standiford-Wayland
Apprentie à Sainte Mangouste



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Nombre de messages : 2177
Localisation : Cachée.
Date d'inscription : 03/09/2011

Feuille de personnage
Particularités: « and from the rain comes a river running wild that will create an empire for you. »
Ami(e)s: Lizlor; « Maybe home is nothing but two arms holding you tight when you’re at your worst. »
Âme soeur: « Lover, when you don't lay with me I'm a huntress for a husband lost at sea. »

MessageSujet: ~ And they call me under. [PV C.]   Sam 11 Nov - 14:59



"If I could face them
If I could make amends
With all my shadows
I'd bow my head
And welcome them
But I feel it burning
Like when the winter wind
Stops my breathing

Are you really going to love me
When I'm gone
I fear you won't
I fear you don't

And it echoes when I breathe
Until all you'll see
Is my ghost
Empty vessel, crooked teeth
Wish you could see
And they call me under
And I'm shaking like a leaf
And they call me under
And I wither underneath
In this storm
."


C'était une bataille aussi ridicule qu'incessante. Je pouvais visualiser jusqu'à l'odeur, brûlante et boisée, et en la repoussant, je tentais de me concentrer sur autre chose, sur la page du livre ouvert devant moi, le léger plis du coin, qui tout à coup occupait toute mon attention, je le lissai une première fois, une deuxième, une troisième, et parce que je n'aimais pas finir sur un chiffre impair, une quatrième ; voilà que cette nouvelle pensée m'obsédait, et je tentais de la chasser, revenant stupidement au point de départ, et cette odeur imaginaire de whisky qui me rendait folle. Nous en avions portant parlé longuement avec ma thérapeute, la façon dont je pouvais contrecarrer mes pensées intrusives, et nous travaillions ensemble sur comment m'ancrer dans le présent. Mais à chaque fois que je m'y ancrais, justement, mon attention dérivait d'une pensée à une autre, et ce n'était plus mon angoisse qui occupait tout mon esprit, mais un nouveau problème du présent, la poussière sur l'étagère, les lignes dans les pavés, la couleur des aliments dans mon assiette. C'était comme si mon anxiété maladive cherchait simplement quelque chose à attraper pour m'étouffer. La bataille me paraissait vaine et épuisante.

Je me redressais sur la chaise, dont l'osier grinça légèrement, et en m'appuyant contre le dossier, un picotement remonta le long de la colonne vertébrale. Me levant, j'allais jusqu'au miroir de l'entrée, remontant ma chemise, dévoilant le bas de mon dos, là où j'avais heurté le coin de la table violemment. Depuis cet après-midi, la douleur s'était calmée, mais le bleu s'était propagé, comme une tâche de pétrole dans la mer, violette, bleue, et un halo légèrement jaune. J'avais réussi à détacher mes sentiments pour ne pas pleurer, coupant tout ce qui aurait pu arriver jusqu'à mon cœur et le faire battre trop vite. La scène, elle aussi, restait floue, comme si mon cerveau s'était rappelé de la consigne à suivre, se fermer, se détacher, pour ne pas avoir trop mal, trop peur. Du brouillard angoissant, je ne me souvenais que du regard de Lawrence, ce qui y avait brillé, la colère, et cette étincelle terrifiante, celle qui voulait dire qu'il était capable de me faire mal. J'avais du mal à reconstituer le reste, notre dispute, son insistante, ses supplications, mon refus angoissé et poli, la tension qui montait et montait jusqu'à l'explosion, sa baguette, l'éclair, mon corps qui tout à coup bougeait sans que je le veuille, le bruit de la table métallique, la douleur lancinante. Puis, l'étincelle avait disparu, et Lawrence avec, il avait murmuré quelque chose que j'avais oublié, et mon corps robotique avait eu le réflexe de survie qu'il avait toujours, il avait fui en courant. Je n'avais prévenu personne, pas même ma cheffe de service, je n'étais pas en état d'aligner trois mots de toute façon, et j'étais rentrée à la maison à pieds, incapable de transplaner ou de supporter le métro.

J'essayais à tout prix de lutter contre mes pensées qui s'écrasaient par vague contre mon corps déjà affaibli, refusant mes angoisses qui pourtant s'enfonçaient un peu plus profond à chaque minute qui passait. Elles étaient faites de questions que je savais difficiles à résoudre : que faire, parler, oui, mais comment, à qui, comment expliquer, comment faire pour ne pas briser la bulle calme de mon travail que j'avais tenté tant bien que mal de garder, pourquoi ne pouvais-je pas vivre quelque chose de paisible, repartir à zéro, pourquoi les ennuis semblaient me poursuivre, comment éviter d'attirer l'attention sur moi tout en dénonçant Lawrence, comment le dire, comment le dire, comment le dire à Ewan, oh surtout à lui, comment ne pas le décevoir, comment lui dire, comment lui dire, comment -

J'inspirai et expirai, la langue contre mon palais, serrant les poings avant de relâcher la tension, comptant dans ma tête les secondes en suivant les exercices de respiration que j'avais appris.

Mais je ne voulais pas me calmer, je voulais oublier, je voulais dormir, oh, et plus que tout, je voulais boire, parce que j'allais imploser si je ne perdais pas le contrôle. C'était si stupide, je n'avais pas eu envie depuis longtemps, mais c'était bien connu, ces addictions vous suivent pour toujours, et c'était bien naïf de ma part de croire que j'avais enterrée la mienne. Mes forces semblaient me quitter, comme si j'étais prête à jeter l'éponge. Les sensations, pourtant lointaines, étaient toujours aussi claires, les jambes cotonneuses, les mouvements décalés, la tête légère et lourde, et petit à petit, tous les muscles qui se détendaient, et enfin, enfin, je n'avais plus le contrôle mais j'étais trop ivre pour avoir peur. La réalité n'existait plus si je la fuyais, pour seulement quelques heures. Il n'y avait jamais d'alcool à la maison, seulement lorsque nous recevions, Lizlor sortait en acheter, mais elle faisait bien attention à ne laisser aucun stock dans les placards. Elle le faisait exprès, je le savais bien, elle ne me l'avait jamais dit, elle me faisait confiance mais elle me protégeait silencieusement. J'étais persuadée qu'autour de moi, les gens n'avaient pas arrêté mystérieusement de boire du whisky, qu'Ewan et Lizlor veillaient à ce que ma boisson favorite ne soit jamais trop près de moi. Pendant une seconde, j'étais en colère de leur prévenance, je voulais la tentation, je voulais craquer, je voulais perdre, puisque les mêmes schémas se répétaient toujours.

J'étais stupide, stupide, stupide ; je m'appuyai contre le mur, fermant les yeux, fuyant le reflet du miroir, ma paume frappant à un rythme régulier ma cuisse. Le tissu de ma jupe réussissait à peine à me maintenir dans la réalité. J'étais stupide, stupide, stupide, stupide, stupide -

Je retournai dans la cuisine et attrapai mon téléphone, composant le numéro de Chuck. Son nom de contact "Chuck Kiddo" s'afficha - c'était lui qui s'était renommé, se moquant de ma manie d'enregistrer tous mes contacts sous la forme Prénom Nom, beaucoup trop formel à son goût. Je laissai sonner quelques secondes, avant de raccrocher, paniquée. Qu'étais-je censée dire ? Me laissant tomber sur le canapé, je lissai quatre fois la surface du coussin, ignorant mon cœur qui tambourinait fort. La seule pensée claire restait la suivante : il fallait que je ferme la porte, que je range la clef, que je m'empêche de sortir, jusqu'à qu'Ewan arrive pour notre dîner dans quelques heures. D'ici là, je pourrais réfléchir à comment lui dire, à comment le décevoir.

Mon téléphone vibra, me faisant sursauter. Chuck venait de m'envoyer "tu m'as appelééé ?" suivi d'une série d'emojis débiles. J'inspirai, les doigts tremblants sur le petit clavier. Il aurait compris, lui, n'est-ce pas ?... Mais comment lui parler sans réveiller ses démons, comment me montrer vulnérable, alors que j'avais tant gardé la face devant lui, toutes ses soirées où je le suivais, puis toutes ses discussions que nous avions eu par la suite... J'avais tellement peur, pensai-je dans un éclair de lucidité. Peur de ce qui était arrivé cet après-midi, de la suite, mais surtout peur de ce que je pouvais faire pour ne plus avoir peur.


« Est-ce que tu peux venir à l'appart, s'il-te-plait ? »

J'envoyai. Mon cœur s'emballa une nouvelle fois. Non, ça n'allait pas, je ne pouvais pas lui parler, pas comme ça, pas maintenant, je n'avais pas mes moyens...

« Enfin, juste pour prendre le thé. Si tu ne peux pas, ce n'est pas grave. : ) »

Voilà qui était mieux, pensai-je. S'il venait, je pourrais garder la face, et sa présence me changerait les idées. Je retournai vers le miroir de l'entrée, examinant à nouveau le bleu, puis mon visage. Je n'avais pas pleuré, ma peau n'était pas rougie, au contraire, j'avais l'air translucide, comme un fantôme. Mes cheveux retombaient tristement sur mes épaules, mes mains tremblaient, et à force de la soulever, ma chemise était froissée. Mon téléphone vibra, et la réponse de Chuck provoqua une série de frissons anxieux le long de ma colonne vertébrale. Bon, c’était trop tard pour faire demi-tour, pensai-je, et je retournai m’installer dans le canapé. Le Chat s’y était installé, et il me regarda de son air suspicieux, mais ne bougea pas, et se laissa même caresser en ronronnant doucement. Liz m’avait expliqué que les animaux pouvaient percevoir les émotions des humains qui les entouraient, et je me demandai si Le Chat pouvait sentir ma détresse, lui qui se roulait toujours en boule sur les genoux de Liz quand elle était triste. Je gratouillai l’arrière de ses oreilles, essayant de ne pas trop penser à mon envie stupide de boire, ni aux bactéries qui se trouvaient dans les poils du chat, ni à la venue d’Ewan, mais la spirale sinueuse de mes pensées continuait de m’emporter doucement dans les tréfonds de mon anxiété.

Chuck ne tarda pas à arriver, et en lui ouvrant la porte, je lui adressai mon sourire le plus convaincant.


- Hey Kiddo, dis-je en le serrant brièvement dans mes bras.

Comme toujours, on s’installa dans la cuisine, qui était devenue le centre de la ville dans notre appartement. Sur la table trônait la nouvelle plante verte que Jay avait offerte à Liz, dont les petites fleurs orangées illuminaient la pièce. Cherchant évidement à m’occuper, j’agitai ma baguette pour faire du thé, décalant la soucoupe de ma tasse pour qu’elle soit placée comme je l’entendais par rapport au pot de fleurs, et je lissai la nappe le plus discrètement possible, deux fois, luttant pour ne pas me laisser emporter par l’envie maladive de la lisser deux fois de plus.


- Alors, c’était bien votre soirée avec Emmy, samedi soir ? Demandai-je avec un sourire. Ils étaient venus dîner samedi dernier, puis étaient partis pour rejoindre l’une de leur fameuse fête chez leur ami Jack. Oh, et j’oubliais, j’ai eu Lucy au téléphone hier, je ne sais pas si elle t’a appelé aussi ? Elle voulait qu’on déjeune ensemble dimanche ! Ma voix était un peu trop légère et aiguë pour être naturelle, mais je me plongeai avec intérêt dans ma tasse de thé, détournant mon regard, espérant que la présence de Chuck suffirait à tenir éloigné mes inquiétudes.


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« 'I feel things,' I said. 'I'm not a robot!' I stamped my foot and screamed. Then I burst into tears.
I touched the wet little drops and held them toward her. 'See, I'm not a robot. This is proof.' »



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Chuck Carlton
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Ami(e)s: Emmy-Nem, Haley, mon petit lapin! Oh vous inquiétez pas, ça nous choque autant que vous... ; Joy, eh ouais comme quoi ! ; Ruby Miss Parfaite ; Lilian, the one and only
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MessageSujet: Re: ~ And they call me under. [PV C.]   Dim 12 Nov - 15:57

J'étais devenu malheureusement trop habitué à tout ça pour que ça provoque encore de la panique ou de la honte chez moi. En un sens, c'était déjà ça : j'avais ça en moins. Au final ça m'énervait vaguement et j'essayais de ne pas y penser, ça me gênait plus qu'autre chose. Savoir que j'étais encore esclave de la drogue même après tout ce temps, ça n'avait rien de franchement glorieux - mais c'était comme ça, après tout, je l'avais bien cherché. C'était bizarre parce qu'en ce moment ça me revenait aux moments où je m'y attendais mais clairement le moins (récemment : au lit avec Emmy après qu'on ait pris notre pied et qu'on s'endorme l'un contre l'autre, j'avais la tête dans son cou et elle avait sa main sur ma nuque, et dans un demi-sommeil j'avais eu envie de lui dire "tu sais j'aurais toujours le regret qu'on ait pas été défoncés ensemble tous les deux ça aurait été génial on aurait vécu quelque chose de dingue" - non mais, n'importe quoi ?! Ou alors un dimanche midi on mangeait dans un pub avec les Tennant et on se marrait parce que Tess nous racontait ses dernières mésaventures en Potions et tout d'un coup, de complètement nulle part, j'avais commencé à me dire que j'avais TROP envie d'un rail et que c'était une belle journée et qu'il faisait bon et que j'étais bien et que VITE il fallait en profiter et mon esprit était parti trop vite et trop loin à s'imaginer que j'allais me défoncer et que ça allait être cool - bref, c'était dur à suivre. Surtout que c'était en plus des moments où j'avais des coups de mou, le soir quand la nuit tombait, la nuit, quand je pensais trop à Coop, quand juste j'avais du mal à me lever le matin et à me dire qu'il fallait continuer.

En tout cas, ça ne me facilitait pas trop la vie. Heureusement au taf tout le monde savait à peu près que parfois je flanchais un peu, du coup je pouvais ne pas venir un matin et rattraper mes heures plus tard ; heureusement il y avait Matt que je pouvais appeler à n'importe quelle heure du jour et de la nuit quand vraiment je sentais que je pouvais faire une connerie, et enfin il y avait tout le monde autour de moi, mes potes, et Emmy évidemment, sur qui je savais que je pouvais compter sans hésiter - mais sur qui je ne voulais pas faire tout reposer non plus, il fallait savoir doser. Avec Emmy c'était différent, il y avait des choses que je voulais entretenir, et même si j'arrivais à lui dire quand ça n'allait pas, je ne voulais pas non plus qu'elle croit que je n'étais plus qu'un gros tas de faiblesse quand à côté on avait partagé tellement de choses beaucoup plus cool. "Une question de dosage, quoi", pour reprendre les mots de Maman Ruby quand elle donnait ses cours de Cuisine pour les gros nuls (aka Liz et moi, même si Liz me dépassait de loin dans la nullité).

Ce matin je m'étais réveillé avec une putain de migraine (conséquences sympathiques d'un medoc que je prenais en ce moment parce que mon système immunitaire n'était pas bon selon les médicomages, tu m'étonnes, vu la vie de débauche que j'avais menée) et du coup j'avais prévenu le boulot et j'étais allé bosser de 10h à 15h non-stop sur les heures du midi, les pires, mais bon tant pis je ne m'étais pas senti d'arriver à 8h. En rentrant j'étais rincé et surtout j'avais une dalle de malade, du coup je comptais bien me faire une méga pizza, mais j'avais reçu alors un texto de "Rubite" (non mais il fallait vraiment que change ce nom, c'était un pari avec Jay quand on était bourré parce que l'histoire de Ruby qui disait "bite" nous faisait toujours hurler de rire et on avait fini par la troller jusqu'au bout) qui répondait au mien, vu qu'elle avait essayé de m'appeler mais que je n'avais pas eu le temps de décrocher. Venir à l'appart ? Graaaaave - je lui avais envoyé un milliard de smileys de bouffe histoire de lui faire comprendre que par contre il allait falloir me nourrir, et puis j'avais changé de direction. "Enfin, juste pour prendre le thé. Si tu ne peux pas, ce n'est pas grave. : )" : c'est moi où ça sentait un peu le sapin ? Ruby écrivait ses messages comme une maman de 50 ans, on est d'accord, mais là elle prenait encore plus de pincettes que d'habitude, non ? Hmm...

J'achetai des scones et du chocolat (et une part de pizza, oui, bon) avant de monter chez elle.


- Hey Kiddo, fit-elle en me faisant un câlin et en souriant de cet air de maman (oui, toujours) qui est tracassée mais qui veut le cacher à ses gosses. Grillée, grosse maligne.

- Salut beauté fatale,
dis-je après lui avoir fait un bisou sur la joue.

Je la suivis dans la cuisine et déballai mes courses, sous son regard aux sourcils froncés (en effet j'avais tout mis comme un gros porc alors que toute sa table était bien organisée et agencée, du coup je repris mes affaires et en fis une pile à peu près droite). Une pierre de plus à mon édifice : c'était sûr que ça n'allait pas, si elle était à ce point en proie à ses crises maniaques. On s'installa et je mordis dans ma pizza tandis qu'elle lissait tout du bout des doigts. Ça m'énervait - ce n'était peut-être pas la bonne réaction mais ça m'énervait, je détestais la voir comme ça.


- Alors, c’était bien votre soirée avec Emmy, samedi soir ?
- Oui ch'étais grave cool on a danché de ouf et tout !
- Oh, et j’oubliais, j’ai eu Lucy au téléphone hier, je ne sais pas si elle t’a appelé aussi ? Elle voulait qu’on déjeune ensemble dimanche !
- Trop bien !! Dehors ou chez eux ?!


Pfiou, ça allait déjà un peu mieux, mon ventre était moins désespérément vide et avait d'ailleurs arrêté de gargouillé. Je bus une grande gorgée de thé pour faire couler un peu et attaquai l'autre moitié de ma part de pizza.

- D'ailleurs Emmy m'a fait trop rire samedi soir on était un peu pétés, enfin tu vois quoi, et elle m'a parlé de ta robe pendant un milliard de temps, elle était fan de ta tenue et de tes tenues en général elle a dit que t'étais trop classe, du coup si un jour tu veux changer de bord tu sais quoi faire - enfin, après Lizlor évidemment, m'empressai-je de rajouter par habitude, parce que si Liz m'avait entendu elle aurait été vexée de savoir que Ruby aurait potentiellement pu finir avec une autre fille qu'elle. Bref. Bon et sinon. Ma pizza avalée, je me retins de lâcher un gros rot qui aurait évidemment rendu hystérique Ruby, surtout dans cet état-là. Piouf. Bon. Désolé j'avais trop la dalle j'ai pas déjeuné. Mais toi ça va pas non ? Enfin ça a pas l'air, il se passe un truc ? Tu veux m'en parler ?

Parce qu'elle m'avait aussi demandé devenir pour ça, non ? Elle devait savoir que je pouvais comprendre sûrement - et me dire ça n'arrangea pas trop mon inquiétude, parce que Ruby se coltinait des casseroles autrement plus importantes que les miennes en matière d'addiction.

_________________

CHUCK CARLTON
I should have known better, nothing can be changed - the past is still the past, the bridge to nowhere - I should have wrote a letter, explaining what I feel, that empty feeling - Be my rest, be my fantasy

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Ruby Standiford-Wayland
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MessageSujet: Re: ~ And they call me under. [PV C.]   Lun 13 Nov - 20:47

Si j’avais été dans un meilleur état, j’aurais pu rebondir sur son « beauté fatale » et rire avec lui, lui sourire pour de vrai, sans avoir l’impression que les coins de ma bouche étaient simplement soulevés par un mouvement robotique. Son bisou sur ma joue avait déclenché quelques frissons, mon corps s’était complètement déconnecté et l’habituelle démonstrabilité de Chuck était un peu trop pour moi, dans ces moments, moi qui étais naturellement très distante physiquement. Après la violence physique de cet après-midi, je n’avais pas envie que l’on me touche, si même qu’on me regarde à vrai dire, j’espérais secrètement pouvoir disparaître. Heureusement, j’étais habituée à Chuck, à sa présence et il faisait partie du petit cercle de mes amis proches avec qui j’étais capable d’avoir des contacts physiques. De plus, j’aimais bien l’énergie que Chuck dégageait, elle était différente de celles que j’avais tendance à attirer, mais il y avait quelque chose de difficile à décrire, une espèce de chaleur solaire dont il avait le secret sans même le chercher, et j’espérais qu’elle pourrait calmer un instant mes angoisses… Si j’arrivais à faire abstraction de la façon que Chuck avait de mettre du bazar tout autour de lui en quelques secondes. Je fixai nerveusement la nourriture qu’il avait balancé sur la table, qu’il organisa un peu plus proprement, me faisant légèrement sourire. Après des mois de cohabitation, il connaissait bien mes manies, et j’avais d’ailleurs toujours été touchée des efforts que lui et Liz faisaient de ce côté-là. Je me doutais que je devais être insupportable – Liz plaisantait toujours en disant qu’au moins, l’appartement était toujours parfaitement rangé.

- Oui ch'étais grave cool on a danché de ouf et tout !
- J’aurais bien aimé voir ça,
plaisantai-je avec un sourire.

Pour faire la fête, Emmy et Chuck étaient clairement le roi et la reine de la nuit, et j’étais contente que Chuck sorte avec une fille aussi fêtarde que lui, mais sans tout ce côté excès qu’il avait pu avoir. De toute façon, sur beaucoup de point, Emmy correspondait parfaitement à Chuck – j’en avais parlé il y a quelques jours avec Ewan qui l’appréciait beaucoup, et il avait été totalement avec moi. A vrai dire, je ne connaissais pas beaucoup de personne qui n’appréciait pas Emmy, elle avait même trouvé grâce aux yeux de Scott qui pourtant avait une relation un peu particulière avec tout ce qui touchait à Chuck.


- Trop bien !! Dehors ou chez eux ?!
- Hm, chez eux, il me semble,
répondis-je, un peu distraite, mes mains s’étant remise à lisser la nappe malgré moi.

Depuis la descente aux enfers de Chuck, je m’étais beaucoup rapproché de son ami d’enfance, Chris, et surtout sa petite-amie, Lucy, et à force de les appeler pour prendre des nouvelles de Chuck, nous étions carrément devenus amies, ce qui avait à moitié surpris Chuck mais lui avait fait plaisir. J’étais toujours touchée quand Lucy m’appelait pour prendre de mes nouvelles ou m’inviter quelque part, bien que cette fois-ci, j’avais du mal à me projeter jusqu’à dimanche et m’imaginer en état de déjeuner tranquillement avec eux comme si de rien était. C’était toujours le pire, avec ces crises passagères, le reste me paraissait complètement impossible à gérer, je n’arrivais qu’à subir le présent, je n’avais plus aucun recul, et l’idée du futur était à la fois terriblement angoissante et impossible à saisir.

Je fis voler le pot de confiture à la myrtille et une petite assiette sur laquelle je disposais deux scones. Peut-être que manger me ferait du bien, malgré mon estomac tout retourné.


- D'ailleurs Emmy m'a fait trop rire samedi soir on était un peu pétés, enfin tu vois quoi, et elle m'a parlé de ta robe pendant un milliard de temps, elle était fan de ta tenue et de tes tenues en général elle a dit que t'étais trop classe, du coup si un jour tu veux changer de bord tu sais quoi faire - enfin, après Lizlor évidemment.

J’avais croqué dans le scone, m’empêchant de pouvoir répliquer, mais je sentis mes joues rougir un peu. J’avais toujours du mal à recevoir les compliments, surtout quand ils étaient aussi adorables (« trop classe » ?!), et heureusement que Chuck avait conclu sur une plaisanterie, parce que je pouvais simplement sourire et rire au lieu de vraiment répondre.

- Oh, c’est trop adorable de sa part… ! Peut-être que je pourrais faire un ménage à trois avec elle et Liz, continuai-je dans la veine de la plaisanterie.

Je croquai à nouveau dans le scone, tout en veillant à ne pas faire trop de miettes, que je poussai en un petit tas dans l’assiette, à défaut de pouvoir nettoyer celles que la pizza de Chuck faisait sur la nappe.


- Bon et sinon. Piouf. Bon. Désolé j'avais trop la dalle j'ai pas déjeuné. Mais toi ça va pas non ? Enfin ça a pas l'air, il se passe un truc ? Tu veux m'en parler ?

Oh, bon, très bien… Je l’avais un peu cherché, pas vrai ? Posant mon scone entamé dans l’assiette, j’essuyai du bout des doigts la confiture qui s’était logé au coin de mes lèvres, dans un geste un peu nerveux. J’aurais pu tout simplement mentir, repousser, dire que j’avais juste eu une longue journée, que j’étais fatiguée, mais que ça allait, puis rebondir sur autre chose. Chuck n’aurait pas été dupe, de toute façon, tout était étrange, ma façon de l’inviter en plein après-midi alors que j’aurais dit dû être au travail, mon sourire crispé, mes gestes mécaniques. Il me connaissait malheureusement plutôt bien, maintenant, surtout après avoir vécu avec moi. L’avantage avec Chuck, c’est qu’il comprenait et respectait complètement le besoin que chacun avait, parfois, de ne pas tout dire. Mais parce que je l’avais vu se murer dans le silence, éviter les sujets qui fâchent, j’avais assisté aux conséquences, que je connaissais de toute façon très bien… Repousser la vérité ne la faisait pas disparaître, au contraire. C’était elle qui me terrifiait, cette vérité, que je ne savais même pas comment formuler.

- Hm, en fait… Je n’avais pas vraiment prévu ce que j’allais dire, ce qui m’angoissait encore plus. J’avais toujours l’habitude de faire attention aux mots que je choisissais, surtout quand je parlais de choses personnelles. Oui, c’est un peu compliqué, il s’est passé quelque chose à mon travail aujourd’hui, quelque chose d’assez… Je ne terminai pas ma phrase. Je n’étais pas sûre du mot qu’il fallait employer, et j’avais peur de ce qu’il aurait pu déclencher. Enfin, disons que c’est le genre d’événement qui déclenche toujours beaucoup de choses, et qui me rend très vulnérable, expliquai-je de façon un peu détournée.

Tout ce qui touchait à mon corps, à cette entité physique, était tellement lié à l’incident… Je le savais très bien, c’était un symptôme lié au stress post-traumatique, et si je détestai ce mot qui paraissait si médical et si irréversible, je n’étais pas non plus dupe. Il était apparu dès mes sept ans dans les rapports médicaux, et j’avais eu le temps de l’accepter. Je repensai malgré moi à cette fois où Chuck m’avait violemment poussé, et combien cela avait été le point de non-retour, cette ligne qu’il ne fallait jamais franchir. Heureusement, tout cela était lointain, et j’avais pardonné Chuck depuis bien longtemps, bien que je n’aie jamais oublié la peur que m’avait inspirée son poing menaçant. Je n’avais pas non plus oublié comment Ewan s’était emporté physiquement avec Lawrence, ou la violence physique que Jay pouvait avoir lorsqu’il était en colère et à laquelle j’avais un jour malheureusement assistée. Ces tensions, ces colères, qui en devenaient physiques, me rendaient toujours terriblement nerveuse et fragile. Depuis l’incident, j’avais compris que mon corps pouvait être utilisé contre moi, pour me faire du mal, et je ne l’avais jamais vraiment oublié.


- Ça fait longtemps que je n’ai pas eu… Que je n’ai pas vraiment eu envie boire, et là, c’est juste un peu… un peu trop fort pour que j’arrive à gérer. Je suis désolée, je t’ai appelé sur un coup de tête, je ne savais vraiment pas quoi faire, et… Je mordillai ma lèvre nerveusement. Si j’avais déjà parlé avec Chuck de mon passé, de ma relation destructrice avec l’alcool, je ne m’étais jamais confiée sur ces crises-là, j’avais toujours été plutôt celle qui l’aidait à gérer les siennes, et tout à coup, j’avais peur de lui rappeler des mauvais souvenirs, de l’enfoncer dans ses propres démons… Je me sens honteuse. J’ai juste peur de ce que je pourrais faire si j’étais toute seule.


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MessageSujet: Re: ~ And they call me under. [PV C.]   Jeu 30 Aoû - 17:44

Le problème avec ma constitution de merde, maintenant, c’était que dès je m’empiffrais comme un gros lard, c’en était trop pour mon corps, qui devait se mettre à turbiner comme une usine à gaz. Une immense torpeur m’envahissait d’un coup, j’avais envie de dormir ou de m’allonger, et je devais lutter contre ça, alors que j’avais justement mangé pour me redonner des forces. J’avalai un grand verre d’eau pour faire passer tout ça, et me tournai vers la fenêtre – fermée. J’avais envie de fumer, et même si Ruby partageait ce vice, je préférais toujours savoir si elle était ok avant d’allumer ma clope. Je lui lançai un regard interrogateur en sortant mon paquet de clopes, sans l’ouvrir. Vu qu’elle avait l’air dans un état chelou, je n’avais pas envie de la mettre plus mal à l’aise que ça. Ces derniers temps je la trouvais un peu fatiguée, pas forcément dans son assiette, mais je ne m’étais pas posé plus de questions que ça. De toute façon elle avait Liz, elle avait Ewan, elle n’était pas seule. J’espérais juste qu’elle ne nous faisait pas un coup en sous-marin, et mine de rien je commençais à flipper un peu. J’espérais que ce n’était rien de grave, parce que sinon j’allais devoir être à la hauteur, et ce n’était pas trop mon fort en ce moment. J’essayais, hein, j’essayais de toutes mes forces, mais j’avais toujours l’impression d’être au final une grosse loque qui se débattait, sans trop de résultats. Mais bon. Je ne le disais pas trop à Emmy, elle savait que ce n’était pas facile, mais entendre ça ne ferait du bien à personne, je le savais. Je poussais un soupir pour déguiser le rot qui me bloquait la gorge, et lorgnai en même temps sur le scone que Ruby ne paraissait pas se résoudre à manger en entier.

- Hm, en fait… Oui, c’est un peu compliqué, il s’est passé quelque chose à mon travail aujourd’hui, quelque chose d’assez… Ah ! Je l’avais bien dit - Enfin, disons que c’est le genre d’événement qui déclenche toujours beaucoup de choses, et qui me rend très vulnérable.

- Hmmm, répondis-je entre mes dents. Qui déclenche beaucoup de choses : sans qu’elle en dise plus pour le moment, j’avais la certitude qu’on parlait de ce qu’on connaissait malheureusement trop bien tous les deux.

- Ça fait longtemps que je n’ai pas eu… Que je n’ai pas vraiment eu envie boire, et là, c’est juste un peu… un peu trop fort pour que j’arrive à gérer. Je suis désolée, je t’ai appelé sur un coup de tête, je ne savais vraiment pas quoi faire, et… Je me sens honteuse. J’ai juste peur de ce que je pourrais faire si j’étais toute seule.

Ah oui, quand même. Il me fallut quelques secondes pour chasser la vague de fatigue qui m’avait envahi et pour la repousser loin, tous mes sens mis en alerte. Ce que venait de de dire Ruby avait tellement d’importance que ça avait au moins le mérite de reléguer mes problèmes au second point. Je comprenais de plus en plus ce que Matt m’avait expliqué un jour, quand je lui avais demandé à quel moment il avait décidé d’être parrain, à quel moment il en avait été capable surtout. Dans l’absolu j’avais dans un coin de ma tête l’idée de l’être moi aussi, peut-être, un jour, si je m’en sortais. Mais il fallait tellement de force et de recul sur sa propre histoire que je ne voyais même pas comment ça pourrait être possible. Il m’avait dit qu’il y avait un moment où tu le savais, tout court, et surtout que tu sentais qu’aider les autres prendrait toujours le pas sur le reste. Sur toi. Tout d’un coup effectivement c’était Ruby le plus important, et je m’étais penché un peu en avant au-dessus de la table, suspendu à ses lèvres. Mais en même temps j’avais l’impression que quelque chose me détruisait le cœur : je savais tellement ce que c’était, maintenant, que je ne voulais pas que ça lui arrive, encore et encore.

- Te sens pas honteuse, surtout pas avec moi, tu sais bien que je suis le dernier à pouvoir te juger là-dessus. Je comprends parfaitement et au fond… C’est normal, non ? Pas très sûr de moi, mais quand même. J’étais persuadé qu’on ne pouvait pas s’en débarrasser en un claquement de doigt.

Du coup je comprenais mieux tout ce qui s’était tramé, et mon cerveau s’était mis à fonctionner à deux cent à l’heure. Bon, c’était quoi, le délire ? Il se passait quoi à son taf pour qu’elle soit comme ça ? Qui savait ? C’était grave, ou pas ?!


- Par contre il faut que tu m’en dises un peu plus, parce que là je pige pas trop. Il s’est passé quoi aujourd’hui ?! Et c’était seulement aujourd’hui ? Ruby était forte là-dessus, j’avais du mal à croire qu’une seule chose aujourd’hui ait tout fait basculer. À moins qu’on lui ait foutu une flasque sous le nez, mais bon. En tout cas t’as bien fait de m’appeler. Rester toute seule ça aurait été une connerie.

Je nous resservis du thé – c’était drôle, pour une fois c’était moi qui avais son rôle, c’était moi qui m’occupais d’elle et essayais de la rassurer – et lui fit signe de boire. La pauvre, elle avait l’air tendue comme tout, et je ne savais pas trop si c’était le moment de lui faire un câlin ou pas (c’était toujours délicat avec les gens un peu coincés du cul comme elle).

- Je peux rester tout le temps que tu veux en tout cas, t’inquiète. Tu veux peut-être que je prévienne quelqu’un aussi, Liz ou Ewan ?... Mais en disant ça je n’étais pas très sûr de moi : et si elle n’en avait parlé à personne ? Oh là là, bonjour l’embrouille, ça sentait définitivement le sapin à plein nez. Je lui fis un petit sourire encourageant, avec la ferme impression d’être un manche, mais bon. Elle pouvait toujours courir si elle pensait que je n’allais pas insister. Je comptais bien de pas la lâcher, pas une seule seconde. Emmy comprendrait si je ne rentrais pas, en plus ; je lui avais de toute façon envoyé un message pour lui dire où j’étais, et je savais qu’avec Ruby elle ne s’inquiéterait pas de si tôt.

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MessageSujet: Re: ~ And they call me under. [PV C.]   Ven 7 Sep - 12:10



"And the air was full
Of various storms and saints
Praying in the street
As the banks began to break
And I'm in the throes of it
Somewhere in the belly of the beast
But you took your toll on me
So I gave myself over willingly
Oh, you got a hold on me
I don't know how I don't just stand outside and scream
I am teaching myself how to be free

The monument of a memory
You tear it down in your head
Don't make the mountain your enemy
Get out, get up there instead
You saw the stars out in front of you
Too tempting not to touch
But even though it shocked you
Something's electric in your blood

And people just untie themselves
Uncurling lifelines
If you could just forgive yourself
"




J’avais parlé… J’avais osé parler. Comme après chaque confession, ma respiration se coupait quelques secondes, comme pour suspendre le temps et être sûre que je n’avais pas tout brisé autour de moi. J’étais toujours surprise de voir que rien ne changeait, jamais aussi dramatiquement que je l’imaginais. Oui, Chuck s’était légèrement redressé sur sa chaise, comme pour me donner toute son attention, mais mon petit monde ne s’était pas écroulé de mon aveu de faiblesse. Dans la petite cuisine, les fleurs orangées de notre plante verte magique continuaient de frémir légèrement, comme si elles respiraient, suivant le rythme de l’aiguille de l’horloge. Dehors, les nuages s’accrochaient toujours aux immeubles au loin, la fumée de la cheminée de la maison voisine s’élevait toujours dans l’air, et quelques oiseaux volaient, de simples ombres contre le gris froid du ciel. Rien ne s’était arrêté, rien ne s’était brisé. J’avais le droit de parler.

- Te sens pas honteuse, surtout pas avec moi, tu sais bien que je suis le dernier à pouvoir te juger là-dessus. Je comprends parfaitement et au fond… C’est normal, non ?

Je lui fis un petit sourire timide. Oui, je savais, c’était bien pour ça que je l’avais appelé… C’était rassurant, en un sens, d’avoir quelqu’un qui comprenait, car même si mes autres amis ne me jugeaient pas, je savais qu’il avait toujours une limite très fine, quelque chose qui bloquait et qui ne pouvait pas être compris. C’était horrible de me dire que Chuck pouvait saisir cette nuance, car je ne la souhaitais à personne… Mais il savait. Il savait ce que ça faisait que d’être au sol, littéralement, déjà trop ivre ou défoncé, mais l’envie de prendre plus, pas parce qu’on a envie, mais parce qu’on ne peut pas ne pas le faire, il faut combler, il faut résoudre – sans jamais trouver la solution que l’on cherche.

- Par contre il faut que tu m’en dises un peu plus, parce que là je pige pas trop. En tout cas t’as bien fait de m’appeler. Rester toute seule ça aurait été une connerie.

Je le regardai me resservir du thé – il avait la manie de toujours en renverser légèrement sur la table, même lorsqu’il jetait un sort, et ça m’amusait autant que ça m’insupportait – en pensant sûrement que cela me ferait du bien de boire quelque chose de chaud, et l’image de Coop remonta dans mon esprit. Chuck avait été son grand frère, mais surtout son protecteur, à toujours veiller sur lui, même s’il n’avait pas l’attitude d’un parfait petit infirmier. En apparence même, Coop avait toujours eu l’air plus mature, plus adulte, comme s’il n’avait besoin de personne pour lui rappeler de prendre son médicament, pour le rassurer sur sa santé. Pourtant, c’était Chuck qui avait fait attention à lui, l’avait amené à tous ces rendez-vous médicaux, avait toujours veillé sur lui, même s’il était parfois un peu maladroit dans ses façons. Une vague de mélancolie m’étouffa la gorge, et je n’arrivais même pas à répondre à la question de Chuck. J’avais envie de pleurer, de m’excuser, sans trop savoir de quoi j’étais désolée, mais mon cœur pesait si lourd dans ma poitrine tout à coup. Je voulais prendre la théière, servir ce thé à Chuck, m’asseoir à côté de lui, prendre sa main, lui sourire d’un air rassurant. Mais il était là pour moi, n’est-ce pas ? Je l’avais appelé. J’avais besoin de lui. Pourquoi luttais-je toujours contre ça ? Parce que j’avais peur que les gens dont j’avais besoin ne viennent pas quand je les appelais ? Chuck était venu. Il était là. Il me souriait de son petit air chaleureux et mesquin à la fois. La mélancolie se teinta d’une affection rassurante.

- Je peux rester tout le temps que tu veux en tout cas, t’inquiète. Tu veux peut-être que je prévienne quelqu’un aussi, Liz ou Ewan ?...

Un petit choc électrique remonta le long de ma colonne vertébrale et je me redressai trop brusquement, l’immense bleu dans mon dos m’envoyant une seconde décharge.

- Non, pas Ewan, m’exclamai-je, presque paniquée. Oh, mince, là, il n’y avait vraiment pas de retour en arrière. J’inspirai. Je veux dire… Pas encore. J’ai trop peur de lui dire ce qui s’est passé… Je sais qu’il va être déçu, qu’il va m’en vouloir.

Parce qu’il avait raison, j’aurais dû faire attention, me méfier… Je n’y arrivais jamais, je me faisais du mal toute seule. A quoi bon, pensai-je tristement, à quoi bon lutter ? J’attirais ce que j’essayais de repousser.

- Il y a ce collègue à mon travail, Lawrence… Au début, je l’appréciais, mais Ewan s’en méfiait beaucoup. C’est vrai qu’il est un peu… Changeant, mais je voulais lui donner le bénéfice du doute. Mais une fois, en soirée, il a tenu des propos très étranges à Ewan, il lui a fait comprendre qu’il voulait me « récupérer » dès qu’Ewan aurait le dos tourné. Je ne te l’ai jamais raconté mais Ewan l’a frappé… Et je sais qu’en temps normal c’est drôle d’imaginer quelqu’un comme Ewan mettre un poing à quelqu’un, mais en fait, ce n’était pas drôle du tout, ça m’a fait peur, c’était bizarre, et on s’est disputé… Je parlais vite, cherchant à gagner du temps, mes mains crispées sur ma serviette à carreau. Mais j’ai pris mes distances avec Lawrence, j’ai promis à Ewan de faire attention, mais je crois que c’est le parfait exemple du manipulateur, j’avais dû mal, il n’arrêtait pas de dire qu’il avait besoin de moi, tu vois ? Qu’il allait mal, qu’il avait besoin de moi… Je ne sais pas…

Je m’étais mise à plier la serviette en un accordéon méticuleux, je la pliais, je la dépliais, dans un geste infini que je savais exaspérer Chuck, parce que c’était mes TOC, mais l’angoisse était tellement proche de me faire éclater que je n’arrivais pas à lâcher le mécanisme rassurant de la répétitions.

- Il était particulièrement insistant aujourd’hui, au travail, je… Tout est allé si vite. Il s’est vexé, il me faisait peur, je n’arrivais pas à le contenir, à l’éloigner…

Je lâchai enfin ma serviette et relevai le bas de ma chemise, découvrant l’immense bleu dans le bas de mon dos. Je n’avais pas regardé Chuck dans les yeux depuis de longues minutes, et plus que jamais, je craignais son regard sur moi.

- Le… Le physique, c’est le pire, je ne peux pas. Sauf si j’en suis celle qui le contrôle, manquai-je d’ajouter. Ça me rappelle trop de choses.

Toutes ces choses qui remontaient à la surface et étaient ingérables, insupportables. J’avais tellement envie de les oublier, de me servir un verre, un autre… Oh, mais pourtant, je connaissais par cœur la suite. J’essayais d’être sobre depuis deux ans, et si j’avais plusieurs fois replongé, mon coma éthylique m’avait vacciné pour de bon. Mais je n’avais pas oublié le reste, l’incapacité à m’arrêter, la façon dont je glissais complètement… Les longues heures à l’infirmerie, tremblante, à vomir, les draps humides, la fièvre jusqu’aux hallucinations, la présence de Jay qui faisait de son mieux et qui affirmait à mes professeurs que je ratais les cours parce que j’avais attrapé un virus étrange. Je ne voulais plus de ça, plus jamais, n’est-ce pas ?

- Ewan va être tellement déçu, je n’ai pas su me protéger… Et à mon travail, oh… Les larmes me montèrent aux yeux, et tout à coup j’étais incapable de les retenir. J’enfouis mon visage dans mes mains. Je ne veux pas faire de vague, je veux juste que tout soit normal, juste une fois dans ma vie, je veux être une fille normale… Et je veux être normale et boire un verre après une longue journée, parce que je veux oublier ce qui vient de se passer, mais je ne peux pas, je ne pourrais jamais, je ne serais plus jamais normale… C’était trop tard, je m’étais mise à sangloter, mes épaules secouées de tremblements, la tristesse étouffante partout en moi. Mais à quoi ça sert d’essayer, depuis que je suis petite je fais ça, quand ce n’était pas l’alcool c’était la nourriture, les coupures, quoi que je fasse je finis toujours par retomber, maintenant c’est mes TOC, je n’y arrive jamais, je ne sais même pas pourquoi j’essaie…

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MessageSujet: Re: ~ And they call me under. [PV C.]   Lun 17 Sep - 15:30

C’était moi ou ça puait vraiment, surtout quand on commençait son récit par un « Non, pas Ewan » précipité ? Qu’est-ce qu’elle lui cachait comme ça ?! De mémoire, les seuls trucs que j’avais volontairement cachés à Emmy, ce n’était franchement pas de bon augure… Je la dévisageai de plus en plus stressé de la bombe qu’elle allait lâcher. Pour que Ruby-control-freak perde les pédales à ce point, il avait du y avoir un sacré nid-de-poule dans sa trajectoire. Avec tout ce que je venais de bouffer et qui passait assez lentement, je commençais presque à avoir la nausée.

- Il y a ce collègue à mon travail, Lawrence… Au début, je l’appréciais, mais Ewan s’en méfiait beaucoup. C’est vrai qu’il est un peu… Changeant, mais je voulais lui donner le bénéfice du doute. Mais une fois, en soirée, il a tenu des propos très étranges à Ewan, il lui a fait comprendre qu’il voulait me « récupérer » dès qu’Ewan aurait le dos tourné. Je ne te l’ai jamais raconté mais Ewan l’a frappé… ?????? Et je sais qu’en temps normal c’est drôle d’imaginer quelqu’un comme Ewan mettre un poing à quelqu’un, (oui !) mais en fait, ce n’était pas drôle du tout, ça m’a fait peur, c’était bizarre, et on s’est disputé… (what) Mais j’ai pris mes distances avec Lawrence, j’ai promis à Ewan de faire attention, mais je crois que c’est le parfait exemple du manipulateur, j’avais dû mal, il n’arrêtait pas de dire qu’il avait besoin de moi, tu vois ? Qu’il allait mal, qu’il avait besoin de moi… Je ne sais pas…

Non mais, qu’est-ce que c’était que ce délire ? Je me sentais con tout d’un coup, les mots coincés dans ma gorge. J’étais prêt à lui faire le discours du parrain qui empêche son protégé de rechuter, j’étais prêt à la rassurer, mais tout d’un coup ce qui apparaissait était bien plus énorme que ce que j’avais pu imaginer. Et là voilà qui était partie à plier et déplier sa serviette comme une vieille cinglée – je savais pourquoi elle faisait ça et combien ça montrait qu’elle n’était pas bien, mais je n’étais moi-même pas assez solide pour supporter ce spectacle, et j’eus envie de lui écraser les mains sur la table ou de la claquer, au choix. Arrête, arrête, arrête, lui disais-je mentalement, mobilisant toutes mes forces pour ne pas réagir. Ce genre de comportements pouvait tellement me stresser que j’aurais bientôt envie de courir me prendre un rail dans les toilettes.

- Il était particulièrement insistant aujourd’hui, au travail, je… Tout est allé si vite. Il s’est vexé, il me faisait peur, je n’arrivais pas à le contenir, à l’éloigner… Là, elle me montra sous sa chemise. Des bleus violacés sur son corps. Le… Le physique, c’est le pire, je ne peux pas. Ça me rappelle trop de choses.

- Non mais c’est une blague ?! lâchai-je, les dents serrées, toute ma colère redirigée cette fois vers le Lawrence en question. Un malade, clairement, qui avait profité de la faiblesse et de la gentillesse de Ruby. Ewan méritait qu’on lui érige une statue.

- Ewan va être tellement déçu, je n’ai pas su me protéger… Et à mon travail, oh… Je ne veux pas faire de vague, je veux juste que tout soit normal, juste une fois dans ma vie, je veux être une fille normale… Et je veux être normale et boire un verre après une longue journée, parce que je veux oublier ce qui vient de se passer, mais je ne peux pas, je ne pourrais jamais, je ne serais plus jamais normale… Mais à quoi ça sert d’essayer, depuis que je suis petite je fais ça, quand ce n’était pas l’alcool c’était la nourriture, les coupures, quoi que je fasse je finis toujours par retomber, maintenant c’est mes TOC, je n’y arrive jamais, je ne sais même pas pourquoi j’essaie…

Elle s’était mise à pleurer. Heureusement qu’elle ne me voyait plus, la tête dans ses mains, parce que j’étais tellement sur le cul que je devais avoir une tête de lapin pris dans les phares d’une voiture. Mon cœur battait à cent à l’heure et mon premier réflexe fut de prendre mon téléphone pour appeler Emmy à la rescousse, mais je me retins. Ruby me faisait confiance à moi pour le moment, probablement parce qu’elle savait très bien ce que tout ça déclenchait chez elle. Pour le reste… C’était plus compliqué. Je m’efforçais de respirer calmement. Si je perdais les pédales moi aussi, on allait finir soûls et défoncés dans un caniveau en moins de deux.

- Ewan t’aime, tu sais bien, il va peut-être t’en vouloir de ne pas l’avoir plus écouté, mais il va surtout être désolé de ce qui t’arrives, t’inquiète pas pour ça. Au pire on ira défoncer Lawrence tous les deux dans une ruelle… Non non, mais je rigole, me repris-je, pas sûr de ma blague. On ne va pas se mentir : au fond, j’avais vraiment envie de ça. Écoute, ce n’est pas qui n’est pas normale, c’est LUI qui est fou, c’est un malade, il a profité de toi, il t’a frappée ?! Tu te rends compte que s’il a fait ça avec toi il peut le faire avec n’importe qui ? ll fait du mal aux gens, c’est un psychopathe… J’approchais ma chaise de la sienne, tout contre elle, sans oser la prendre dans mes bras – j’attendais son feu vert. Il a fait comment pour te faire ça ? Tu as encore mal ? Tu veux que j’aille chercher des potions ? De toute façon je reste avec toi, pas question que tu restes toute seule, je connais bien cet état. Un léger silence. Mais tu sais… Je crois qu’il faudrait le signaler. Qu’il faudrait en parler… Déjà il faut que ce gros con soit puni, ensuite qu’il ne t’approche plus, et pour finir qu’il ne refasse jamais ça, avec toi ou quelqu’un d’autre. Je sais que tu ne veux pas faire de vagues. Mais le truc là… C’est toi la victime, depuis quand c’est de la faute de la victime ?! On va faire ça bien, ça va aller.

Bon – c’était beaucoup de mots et je n’étais pas trop sûr de la procédure à suivre, mais en tout cas, j’y croyais ferme. Pas question de la laisser dans cet état, ni qu’elle recroise un jour le chemin de ce sadique.

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MessageSujet: Re: ~ And they call me under. [PV C.]   Ven 28 Sep - 12:14

Je regrettais déjà mes mots, mon emportement, l’espace que tout à coup j’occupais, je me sentais écrasante, étouffante ; jamais je ne pourrais ressentir quelque chose sans en avoir honte, pensai-je, sans me sentir coupable. Tous mes petits discours bien rodés de thérapie s’envolaient, tous mes efforts m’échappaient, je revenais en arrière, ressassée par le courant des vagues toujours trop forte. Le regard de Chuck m’angoissait, ses mots, ce qu’il allait répondre, et j’avais presque envie qu’il parte, qu’il disparaisse, que je n’ai jamais parlé, mais surtout que la réalité disparaisse elle aussi. Comme si de rien était.

- Ewan t’aime, tu sais bien, il va peut-être t’en vouloir de ne pas l’avoir plus écouté, mais il va surtout être désolé de ce qui t’arrives, t’inquiète pas pour ça. Au pire on ira défoncer Lawrence tous les deux dans une ruelle… Non non, mais je rigole. Écoute, ce n’est pas qui n’est pas normale, c’est LUI qui est fou, c’est un malade, il a profité de toi, il t’a frappée ?! Tu te rends compte que s’il a fait ça avec toi il peut le faire avec n’importe qui ? ll fait du mal aux gens, c’est un psychopathe… Il a fait comment pour te faire ça ? Tu as encore mal ? Tu veux que j’aille chercher des potions ? De toute façon je reste avec toi, pas question que tu restes toute seule, je connais bien cet état. Mais tu sais… Je crois qu’il faudrait le signaler. Qu’il faudrait en parler… Déjà il faut que ce gros con soit puni, ensuite qu’il ne t’approche plus, et pour finir qu’il ne refasse jamais ça, avec toi ou quelqu’un d’autre. Je sais que tu ne veux pas faire de vagues. Mais le truc là… C’est toi la victime, depuis quand c’est de la faute de la victime ?! On va faire ça bien, ça va aller.

C’était trop, c’était trop, beaucoup trop, mon coeur s’était complètement emballé et les mots de Chuck ne faisait que l’accélérer, c’était tant à gérer, à prendre en compte, tous mes sentiments étaient contradictoires, oui il avait raison ce n’était pas ma faute, et pourtant j’étais sûre que j’aurais pu l’éviter, j’avais encore mal mais je ne voulais rien prendre, je voulais le sentir et ne rien sentir non plus, plus jamais, j’avais peur de ce qu’Ewan dirait, est-ce qu’il serait en colère, contre moi, contre Lawrence, est-ce qu’il allait faire, je ne voulais pas qu’il s’attire des ennuis lui aussi, je ne voulais pas, c’était trop, trop, trop -

Je n’avais pas respiré correctement depuis trop longtemps tant les sanglots m’agitaient, j’essayai de me reprendre, d’inspirer…


- J’ai tellement peur, sanglotai-je, avant de m’effondrer.

Chuck s’était rapproché, et je me laissai tomber contre lui, à la fois paniquée qu’il me touche que soulagée de sa présence comme une ancre dans la tempête - je m’y accrochai tandis que je pleurais, le corps secoué de mes larmes paniquées. Je me souvenais de la façon dont Chuck avait pleuré, ce soir-là, dans notre petite salle de bain, et mes sanglots redoublèrent, j’étais tellement triste, je ne savais même pas pourquoi, j’étais triste pour Chuck, triste pour moi, j’étais inquiète, j’avais peur, les pensées se bousculaient et me faisaient mal, il y en avait trop…

Combien de temps s’écoula ?... J’étais toujours dans les bras de Chuck, les yeux gonflés et les paupières lourdes… La panique m’avait tellement prise que maintenant qu’elle me quittait, mes muscles étaient engourdis, je me sentais épuisée. Je m’écartai en essuyant mes joues humides, et inspirai, sentant l’air dans mes poumons pour la première fois depuis un long moment. Je ne savais pas exactement quoi dire… J’étais désolée ? J’entendis la voix de Liz me gronder sagement, en me disant de cesser de m’excuser de tout ce que je faisais, et en m’expliquant que parfois, des remerciements valaient mieux que des excuses.


- Hm, merci, murmurai-je alors d’une voix pâteuse.

D’un coup de baguette, je nous servis du thé, et après quelques gorgées, il me semblait que j’avais un peu repris mes esprits, et j’osai enfin regarder Chuck et lui faire un petit sourire désolée.


- Tu as raison, sur toute la ligne, admis-je, en souriant un peu, parce qu’après tout, c’était moi la “je-sais-tout” d’après Chuck. Il ne m’a pas frappé, c’était un sort, mais je me suis prise le coin d’une table… Enfin je crois, tout est allé très vite, et j’étais terrorisée. Mais je sais que je devrais en parler, que je devrais le faire maintenant, pendant que j’ai encore les… les preuves… Mais… je… c’est juste que ça me rappelle tellement de choses, achevai-je à voix basse.

Je n’étais pas sûre de pouvoir supporter de me retrouver à nouveau dans cette position. Je n’avais rien oublié d’avant, peu importe combien j’essayais. Cette petite fille assise sur la chaise en plastique du commissariat, les cheveux emmêlés, son regard papillonnant perdu… Ce n’est pas que je la revoyais, je me sentais redevenir elle, emplie de toute cette souffrance qu’un corps si petit ne pouvait pas contenir. Pourtant, je n’étais plus la même depuis, j’avais grandi, et l’espace en moi aussi. Mais à la simple idée d’être à nouveau dans cette position me donnait la nausée.

Est-ce qu’on allait m’osculter ? Regarder ma blessure ? Est-ce que j’allais être allongée sur un fauteuil inclinable couvert d’un papier rugueux prétendument stérile ? La petite fille que j’avais été s’était allongée, elle, la brûlure entre ses cuisses qui remontait jusque dans le bas de son ventre, le sang craquelé sur sa peau, chaque mouvement infiniment douloureux, et sous les regards du médecin, la main dans celle d’une infirmière au visage rond qui lui rappelait un personnage de son dessin animé favori.

C’était cette même petite fille à qui l’on avait posé un tas de questions. Est-ce que quelqu’un était là, est-ce que tu as vu qui a fait ça à ton père ? Et ton père, c’est la première fois que ça arrivait ? Comment tu te sens ? Est-ce que tu veux aller voir la gentille dame là-bas, celle qui va te faire dessiner avec des feutres de toutes les couleurs ? Elle aussi, elle allait avoir des questions, encore plus de questions, toujours plus de questions et jamais de réponses.

Cette petite fille-là avait eu envie de disparaître, de vomir, de ne plus jamais ouvrir les yeux et ne plus jamais avoir mal.

Cette petite fille était rentrée chez elle, là où on ne la croyait pas, là où elle était la responsable. Mais aujourd’hui, cette petite fille… On la croiraient et l’aideraient. Chuck me faisait confiance et il me croyait, il voulait m’aider, et il ne me pensait pas responsable. C’était moi la victime. Ewan le penserait aussi, et Liz, Sara… Cette fois-ci, ça serait différent, non ?


- J’ai juste peur de tout ce que ça va déclencher. Quand ça touche mon physique, c’est… Je n’ai pas juste envie de boire, c’est aussi que je me sens enfermée dans cette enveloppe qu’on utilise contre moi, tu vois ? Comme si je n’avais pas le contrôle dessus. Expliquai-je en essayant de rester claire. Avant, quand je voulais reprendre le contrôle, je me faisais du mal. Quand j’étais petite je me mordais au sang, je m’affamais, ce genre de choses… Quand je me suis mise à beaucoup boire, j’ai commencé à me couper aussi. J’ai l’impression que c’est des mécanismes que je ne pourrais jamais oublier, même quand je sais qu’ils n’apportent que des fausses solutions. Tu n’as pas ça parfois, toi, avec tout ça ?...

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I touched the wet little drops and held them toward her. 'See, I'm not a robot. This is proof.' »



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Chuck Carlton
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MessageSujet: Re: ~ And they call me under. [PV C.]   Hier à 17:37

- J’ai tellement peur, continua-t-elle en sanglotant. Elle se cala contre moi et je la pris dans mes bras, et je me rendis compte qu'elle venait de me briser un peu plus le coeur, écroulée ainsi devant moi. J'étais trop faible, dit une petite voix de merde que je connaissais trop bien malheureusement. Trop faible pour savoir, pour voir, pour supporter ça. J'étais à peine reconstruit et ce genre de situations donnait des coups de béliers dans ma carapace en papier mâché, imaginez bien le résultat. Je me sentais me fissurer de l'intérieur, et si je m'étais écouté, j'aurais fuit en courant, je serais allé me soûler dans le premier rade venu et j'aurais fini dans un caniveau à chercher le plus dégueu de tous les cracks possible histoire de me laver la tête et de ne plus rien sentir. Plus jamais. Mais je n'étais plus cette personne-là. Un frisson me secoua la colonne vertébrale et je repris mes esprits : je ne m'enfuirais pas. Ce n'était pas parce que sa tristesse et ses malheurs me renvoyaient aux miens et à tous ce que j'avais traversé (et qui me faisait immanquablement penser à Coop) que je devais disparaître encore une fois. Je la laissai pleurer en attendant que ça passe, parce qu'il n'y avait rien à faire d'autre - juste à la rassurer en la maintenant contre moi.

- Hm, merci. Elle avait beau essayer de se reprendre un peu et de me sourire, je voyais bien qu'elle était dans un sale état. Je bus du thé avec elle, j'avais bien besoin de me réchauffer un peu moi aussi. Tu as raison, sur toute la ligne. Allez, même si l'heure était grave, je réussis à lui lancer quand même un petit sourire moqueur. Ce n'était pas tous les jours que c'était MOI qui avais raison sur toute la ligne !! Il ne m’a pas frappé, c’était un sort, mais je me suis prise le coin d’une table… Enfin je crois, tout est allé très vite, et j’étais terrorisée. Mais je sais que je devrais en parler, que je devrais le faire maintenant, pendant que j’ai encore les… les preuves… Mais… je… c’est juste que ça me rappelle tellement de choses.

Hmm. Bon, déjà, ça faisait beaucoup d'infos. Donc il avait utilisé la magie sur elle, super. Pas que c'était pire que de l'avoir "juste" frappée, mais c'était une manière encore plus lourde d'assoir son pouvoir.

- Il t'a lancé quoi comme sort ?


Je sais, c'état pragmatique comme réaction, mais j'en avais besoin pour assimiler tout le truc. Déjà que j'étais un peu le seul à devoir gérer pour le moment, je ne voulais pas en plus passer à côté de quelque chose ou mal faire. Bien sûr que ce n'était jamais facile d'en parler, je comprenais carrément, surtout si elle s'était engueulée avec Ewan sur le sujet, ça allait juste officialiser et montrer par a + b que c'était elle qui s'était trompée, etc. Ce n'était pas facile parce que le regard des gens allait rentrer en compte, tout ça tout ça. Je me souvenais d'Emmy qui m'avait dit des trucs une fois quand on avait parlé de harcèlement de rue et de trucs du genre, que les filles avaient souvent cette culpabilité et du mal à parler parce que même si elles n'étaient jamais responsables il y avait toujours un réflexe instinctif de leur part qui leur faisait penser que c'était elles, que c'était peut-être de leur faute, et que du coup c'était compliqué de dénoncer ensuite. Je ne voulais pas que Ruby ressente ça, parce que c'était de la connerie : elle s'était peut-être trompée dans son jugement au sujet du type, ça n'était pas pour autant que ça excusait qu'il s'en prenne physiquement à elle. Puis tout d'un coup ça fit tilt dans ma tête : je crois que j'avais compris à quoi elle faisait référence exactement et je sentis mes entrailles se glacer comme à chaque fois. Elle pensait à ce qui lui était arrivé quand elle était petite, avec son père, aux médecins ensuite, pas vrai ?

- Ah, ouais... Mais tu sais ça va être très différent, tu es une adulte, tu ne t'en rends peut-être pas compte mais tu es plus forte aussi, et puis tu le feras à ta manière, tu leur diras à ta manière et tu montreras ce que tu veux, t'es pas obligée de te foutre à poils si tu le veux pas, enfin tu vois ce que je veux dire... Hmm. Peut-être pas très délicat. Et puis ils vont retracer les sortilèges qu'a lancé sa baguette, oublie pas. Ça sera une preuve qu'il ne pourra pas discuter. Je t'accompagnerai si tu veux, jusqu'au bout et tout, je te lâche pas. Et puis personne va te juger, même Ewan, il va juste être dingue contre ce gros connard mais et après ? Tu n'y es pour rien, et c'est parce que tu as pensé que c'était un type bien que tu as mérité tout ça, crois-moi.

J'avais la bouche sèche de parler, de sortir tout ça de moi. Je me sentais rouillé, mais quelque part, me forcer me faisait du bien.

- J’ai juste peur de tout ce que ça va déclencher. Quand ça touche mon physique, c’est… Je n’ai pas juste envie de boire, c’est aussi que je me sens enfermée dans cette enveloppe qu’on utilise contre moi, tu vois ? Comme si je n’avais pas le contrôle dessus. Avant, quand je voulais reprendre le contrôle, je me faisais du mal. Quand j’étais petite je me mordais au sang, je m’affamais, ce genre de choses… Quand je me suis mise à beaucoup boire, j’ai commencé à me couper aussi. J’ai l’impression que c’est des mécanismes que je ne pourrais jamais oublier, même quand je sais qu’ils n’apportent que des fausses solutions. Tu n’as pas ça parfois, toi, avec tout ça ?...

Ah ouais... Quand même. Bon, ça faisait beaucoup, non ? J'avais encore une fois trop envie d'appeler Emmy pour qu'elle me conseille et me rassure, parce que sans elle je perdais vite les pédales, mais bon, j'étais bien obligé de gérer les choses comme un grand. Et d'assimiler tout ça comme un grand. Wow, je savais qu'elle avait un pet au casque mais là, c'était du sérieux !

- Ouais, c'est vrai que même si je ne cède pas l'envie de me défoncer me paraît tellement naturelle quand ça ne va pas que je ne vois pas bien comment elle pourrait partir un jour... Mais bon. Mais bon, autant éviter de me déprimer là-dessus, non ? Je n'étais pas certain de ce qu'elle entendait vraiment par sa question, je réfléchis et haussai les épaules. Je ne m'en étais jamais pris à moi physiquement directement comme elle, mais tout ce que j'avais fait en tout cas était pour me faire du mal, indirectement. Un jour j'ai eu une grande conversation avec Matt, il m'a fait comprendre pas mal de trucs, ça m'a fait bizarre. Genre, que la drogue était une manière indirecte de se suicider... Et en fait je me suis rendu compte que tout ce que je faisais quand ça allait pas c'était exactement ça, c'était repousser toutes les limites et me mettre en danger. Ça m'a fait bizarre, je sais pas, je crois que je me suis jamais vraiment dit "je veux mourir" et en fait pourtant c'est tout ce que j'ai essayé de faire. Mais bref. Je secouai la tête. Je sais pas pourquoi je dis ça, ça a pas trop de rapport. Enfin je pense juste que ces mécanismes ils s'éloignent de plus en plus quand tu les comprends. Et aussi quand tu en parles. Sans Emmy, je sais pas comment j'aurais fait. T'es sûre que tu... En parles assez à Ewan ?

Quand même, moi qui donnais des conseils de ce type, c'était quand même un comble !

- Si tu veux je peux t'aider à comment dire les choses, on peut même l'écrire, pour que tu paniques pas devant les gens ?


J'attrapai un scone que je coupai en deux avant de recouvrir chaque moitié de beurre et de confiture, une que je dévorais et une que je glissai en direction de Ruby histoire qu'elle reprenne un peu de forces, même si la connaissant je n'étais pas sûr qu'elle puisse avaler quoi que ce soit.

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CHUCK CARLTON
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