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"I dream today, tomorrow speaks." [S.]

 
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 "I dream today, tomorrow speaks." [S.]

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Apple Hunt
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MessageSujet: "I dream today, tomorrow speaks." [S.]   Lun 9 Juil - 20:10

https://www.youtube.com/watch?v=RPvhItA3lIM

Ain't never felt this way
Can't get enough so stay with me
It's not like we got big plans
Let's drive around town holding hands

And you need to know
You're the only one, alright alright
And you need to know
That you keep me up all night, all night

Oh, my heart hurts so good
I love you, babe, so bad, so bad
Oh, oh my heart hurts so good
I love you, babe, so bad, so bad



(Hampsteah Heath, Londres)


Plus les jours passaient et plus je me sentais coincée dans une chanson triste sans fin.

Je n'aurais sûrement pas dû rentrer chez moi à Liverpool pour les vacances de février. L'atmosphère à la maison était terrible, d'une tristesse absolue, et je m'en voulais d'avoir presque cru que cette fois-ci serait différente. Serghei m'avait dit qu'il devait rentrer pour une fête religieuse avec ses grands-parents, et j'avais eu l'envie étrange de rentrer moi aussi, de revoir chez moi, d'être là avec Serghei, dans notre petit univers. Je n'étais même rentrée à Noël, et c'était l'occasion, pas vrai ? Qu'est-ce qui m'était passé par la tête, je ne savais pas trop... Peut-être que Maman me manquait et que je voulais la retrouver à la maison. Peut-être que tout ce travail que j'avais fait pour aller mieux me donnait l'impression d'être capable de revenir. Peut-être que j'étais tout bêtement une éternelle optimiste... J'aurais dû me rappeler, pourtant, que ma maison était devenu un espace temps propre à elle-même. Là-bas, la lumière était constamment grise, les couleurs désaturées et le son de la télévision était la seule musique qui résonnait entre les murs. Dans ma chambre, je me sentais comme une étrangère, les murs couverts de dessins et de posters semblaient appartenir à une Apple lointaine, mais en même temps, j'avais peur de les toucher et de briser ce qui me restait d'avant. J'étais dans cet entre-deux douloureux, vague, bloquée dans cet espace temps morbide. Même père n'avait toujours pas trié les affaires de ma mère, transformant la maison en cimetière de souvenirs. J'avais envie de lui crier dessus et de le secouer, mais à chaque fois, une petite voix me rappelait que ça ne servait à rien. Je n'aurais pas dû rentrer.

À la recherche d'une solution factice, je m'étais à nouveau teint les cheveux, une couleur lilas qui contrastait avec le gris ambiant du ciel. Même la neige de Liverpool était grisâtre, boueuse, fondant sur le goudron pollué des rues de mon quartier résidentiel. Poudlard me manquait, les jolies rues de Pré-au-Lard aussi ; mais à la fois, ma maison me manquait aussi. Je voulais rentrer chez moi... Si ce lieu existait encore.

Mon père était plutôt indifférent à ma présence, et la seule interaction que nous avions partagée se résumait à un éclat de rire devant un film. Mais au moins, j'étais libre de mes allers et venues. J'étais passée voir ma professeure de théâtre, celle qui animait mes camps d'été, et nous avions pris le thé ensemble ; elle avait été adorable avec moi, comme toujours, sincèrement intéressée par mon avis sur les pièces que j'avais lues, et toujours prête pour me complimenter sur mes interprétations des étés passés. Je profitais aussi de mon temps libre pour pratiquer le chant et la danse. J'avais récupéré dans l'armoire de mes parents une vieille boîte en carton avec les anciens tutus de Maman, et même si j'étais incapable de les porter pour l'instant, j'avais décidé de les ramener avec moi à Poudlard. Ils me rendraient heureuse un jour, j'en étais certaine. Et évidemment, pour terminer, je passais beaucoup de temps avec Serghei, à rattraper mes devoirs en retard et à profiter du parc près de la maison. Plusieurs fois, j'avais failli lui confier mes sentiments pour Scott, mais quelque chose m'avait retenu, sans que je sache trop l'expliquer. Pourtant je voyais bien la façon dont Serghei me regardait quand j'en parlais, il n'était pas bête... Mais nous avions comme un accord silencieux, comme s'il attendait que je sois prête à en parler. D'une certaine façon, ça m'arrangeait. J'avais l'impression que c'était mon trésor, mais surtout ma responsabilité, mon histoire. Je voulais faire les choses comme je l'entendais, loin du jugement des autres. Scott était trop précieux, mon amour pour lui trop spécial.

Malgré mon appartenance à Poufsouffle, « patiente » était probablement l'un des derniers mots que l'on utiliserait pour me décrire. C'était donc un véritable miracle que je n'ai pas encore confié mes sentiments à Scott, surtout lorsque j'étais persuadée qu'ils étaient réciproques. Je n'avais pas beaucoup d'expériences dans ce domaine, mais quelque chose avait changé entre nous, je le sentais, et Scott était beaucoup trop perspicace pour ne pas le voir. Tout me paraissait si... simple ! Alors pourquoi était-ce à la fois si compliqué ? À vrai dire, cette situation commençait à étrangement me peser, surtout depuis que j'étais à Liverpool, et me maintenait dans cette chanson triste. La vie me semblait tellement courte et tellement triste par moment, je ne voulais plus attendre Scott, je voulais vivre avec lui. Mais je crois qu'il avait peur de tout ça, de la force de nos sentiments, que l'ombre d'Haley planait et l'empêchait d'agir. Ou alors je me méprenais complètement et il n'était pas du tout intéressé par moi ?

C'était impossible, pensai-je en arrivant à sa hauteur dans la petite ruelle où nous devions nous retrouver pour qu'il me fasse transplaner jusqu'à Londres. Il avait troqué sa cape d'hiver pour un manteau moldu, un duffle-coat qui accentuait ses épaules, et je me mis à sourire bêtement. Scott aussi souriait. Je me sentais propulsée dans une petite bulle pleine de tendresse. C’était impossible que je rêve ses sentiments.


- Ohlala, m’exclamai-je en guise de bonjour, m’hissant sur la pointe des pieds pour déposer un baiser sur sa joue. Ce manteau te va si bien, je sais que je te l’ai déjà dit, mais j’adore tes épaules !

Oui, je lui avais déjà dit, au moins une demi-douzaine de fois, et j’étais un peu trop enthousiaste sur le sujet. Eh, je n’avais jamais prétendu être discrète !

- On y va ? Demandai-je joyeusement en m’accrochant à son bras, le cœur tambourinant. Le courant d’air de la ruelle faisait voler le parfum de Scott jusqu’à mes narines et m’enivrait.

Un « pop » plus tard et nous étions dans une nouvelle petite ruelle déserte près de Hampstead Heath. Je réajustai la capuche de la vieille doudoune framboise qui avait appartenu à Carolyn, et mes cheveux qui s’étaient emmêlés dans la fermeture éclair. Je racontai à Scott mon avancée sur mon devoir de métamorphose tandis que nous marchions jusqu’au parc, dont les petites collines étaient couvertes d’une fine pellicule de neige. J’adorais cet endroit depuis que Scott, qui habitait tout près, m’avait amenée. C’était comme une promenade en forêt en plein milieu de Londres, et seulement après quelques minutes, je m’étais déjà lancée dans l’ascension d’un arbre en riant, sous le regard mi courroucé mi amusé de Scott.


- J’aime tellement cet endroit, soupirai-je, perché sur l’une des branches, mes pieds se balançant dans le vide. Je regardai le sol, réalisant que la descente allait être plus compliquée que la montée. Je me mis à rire. Tu m’aides à descendre ?

Je gigotai à moitié sur la branche pour glisser jusqu’au sol où Scott me rattrapa par la taille avant de me poser par terre. J’avais vraiment l’impression d’être dans une scène de Dirty Dancing, et je ne me gênais d’ailleurs pas pour admirer le visage de Scott et lui faire un immense sourire. Ohlalala, c’était bête tous ces petits manèges, n’est-ce pas ?! Je m’écartai en rougissant un peu, et repris notre balade comme si de rien était.

- Bon, et toi alors, tu ne m’as pas raconté, ça allait la réunion au travail ?... Demandai-je d’une voix douce. Scott avait eu quelques soucis au travail récemment, et je savais que ça lui pesait, et je voulais simplement qu’il sente que j’étais là pour lui, et qu’il pouvait se confier à moi.

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Scott McBeth
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MessageSujet: Re: "I dream today, tomorrow speaks." [S.]   Lun 17 Sep - 15:03

Je ne m’étais pas vraiment rendu compte, jusque-là, que travailler signifiait avoir considérablement moins de vacances qu’à Poudlard, et que les effets s’en ressentaient au bout d’un moment. Les fêtes passées, qui ne sont jamais très reposantes, je m’étais pris à espérer en rentrant chez moi avoir encore quelques jours pour me relaxer, pour me vider la tête. Pourtant, Merlin savait que j’aimais mon travail et avoir la tête occupée, mais cette fois la lassitude était physique, et j’avais de plus en plus de mal à me réveiller le matin. Heureusement, Ruby m’avait parlé de potions absolument inoffensives mais qui dynamisaient un peu, et elles m’avaient permis de moins souffrir en me réveillant. Pour le reste, j’avais passé plusieurs week-ends à ne pas faire grand’chose à part me reposer, et je me sentais déjà un peu mieux. C’était tant mieux, car comme Apple était en vacances, nous avions prévu de nous voir, et de profiter. Je lui avais même proposé de dormir chez moi le soir, afin que ce week-end soit comme un petit week-end de vacances pour elle – je savais que la semaine à Liverpool ne lui apportait jamais rien d’autre que de la mélancolie, et j’avais envie qu’elle se change les idées, elle aussi. Malheureusement je n’étais pas certain d’être d’excellente composition – en ce moment j’avais l’impression de suivre une pente douce mais inclinée tout de même, et que certaines choses que je faisais avec plaisir notamment à mon travail me demandait plus de concentration et de motivation que d’habitude. Ce n’était pas de l’ennui au travail, c’était une désagréable sensation, de plus en plus pesante, qui me faisait douter jour après jour sur les choix que j’avais fait, sur cette voie qui n’était peut-être pas, finalement, la mienne. Parfois, j’en avais assez. Mais je prenais mon mal en patience, après tout je n’étais pas à plaindre, et j’avais tout de même un poste à la hauteur de mes espérances d’adolescent.

Après m’être préparé pour rejoindre Apple, en conséquence car il ne faisait pas chaud, je m’arrêtai dans une boutique qu’elle aimait beaucoup, tenue par un couple de sorcier et de moldu, qui avaient eu la bonne idée de réunir tout ce qui marchait dans les deux mondes : un genre de starbucks amélioré, aux parfums originaux et avec des ajouts magiques. Apple était évidemment le genre de clientèle parfaite pour ce genre de choses et je commandai un thé à l’hibiscus pour moi et une boisson que je ne savais même pas définir (elle s’appelait : l'Étonnante Citrouille Acidulée) et qui émettait alternativement des bulles roses et des volutes de fumée bleue parfumée à la mûre. Je nous pris des gâteaux également et partis transplaner pour aller chercher Apple.


- Ohlala. Ce manteau te va si bien, je sais que je te l’ai déjà dit, mais j’adore tes épaules !

Je souris, évidemment. C’était sans doute la quinzième fois qu’elle me le disait.

- Tu radotes déjà comme une petite mamie, mais merci, dis-je, flatté quand même.

Sans le savoir, Apple ne me simplifiait pas la vie. Elle était aujourd’hui la personne la plus présente et la plus importante de mon existence, celle à qui je relatais tout, celle sur qui je pouvais compter pour n’importe quoi, celle à qui j’avais envie de donner plein de petites attentions, celle qui en avait pour moi, celle avec qui je prévoyais le plus de choses. D’amie chère elle était devenue cette personne hybride, bien plus intime que je n’aurais pu un jour l’imaginer. Parfois j’avais l’impression que quelque chose se tramait dans sa petite tête et rejoignait mes idées ; parfois j’avais l’impression de divaguer ; parfois je me disais que tout serait plus simple si nous étions véritablement en couple, puisque nous faisions quasiment tout comme. Mais j’étais sans arrêt retenu en arrière, par la ferme sensation que tout cela n’était pas vraiment pour moi, au vu de mes expériences passées. J’avais trop peur de bouleverser quoi que ce soit avec Apple, même si je fermais de plus en plus les yeux devant l’évidence.

À peine étions-nous arrivés dans le parc d’Hampstead qu’elle décida de grimper sur un arbre ; je l’accompagnais, l’aidant à descendre ensuite, saisissant sa petite taille entre mes mains. Aussi grande qu’elle était à présent, elle était toujours menue, et me faisait souvent penser à une nymphe, avec ses cheveux fins et ses grands yeux limpides. Elle aurait été probablement trop banale si justement ses yeux n’étaient pas sans arrêt pétillants, si son sourire n’avait pas été aussi charmant et toujours prêt à s’envoler en un rire très assumé, si la vivacité de son esprit n’avait pas été aussi trépidante. J’étais heureux qu’elle apprécie cet endroit ; j’adorais moi aussi ce quartier, calme et boisé, loin des clameurs urbaines.


- Bon, avec tout ça j’ai apporté le goûter, tiens, j’ai pris ta boisson préférée ! Je lui tendis le gobelet, gardant les gâteaux pour un peu plus tard. Je bus un peu à mon gobelet, dont la magie avait gardé le liquide chaud.

- Bon, et toi alors, tu ne m’as pas raconté, ça allait la réunion au travail ?...

Je soupirai discrètement. Je pouvais compter sur elle pour toujours s’inquiéter de mes journées et c’était quelque chose de formidablement rassurant, mais j’avais l’impression, ces temps-ci, de toujours me plaindre.

- Hmm hmm. Ça va. Encore une fois, le chef a fait durer la réunion bien trop longtemps et j’ai toujours la sensation qu’on brasse de l’air au lieu d’aller droit au but. Mais au moins le dossier que j’avais préparé a été validé en tous points. Maintenant on s’attaque à une nouvelle protection à destination des moldus, il y a eu pas mal d’attaques isolées par des loups-garous ces derniers temps, et on s’est rendu compte que les sortilèges de défense avaient vieilli et qu’ils n’étaient plus autant efficaces. C’est comme la technologie moldue qui évolue, il faut que nous aussi on suive. Je suis en train de travailler sur les antennes relais, car apparemment elles ne sont pas pour rien dans cette histoire de détournement de sortilèges, leurs émetteurs sont trop puissants.

J’avais l’impression de débiter une leçon apprise par cœur.

- Rien de neuf en tout cas. Je me demande parfois si je ne serais pas mieux dans un autre service. Mais je n’ai aucune idée du quel… Ou bien il faut que je prenne mon mal en patience, mais ces temps-ci, je suis un peu fatigué.

Sur tous les plans. Je haussai les épaules. Je n’avais pas envie de plomber l’ambiance pour autant.

- Et toi, tu as hâte de retourner à Poudlard j’imagine ? Sergheï va bien ?

_________________
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The old that is strong does not wither, deep roots are not reached by the frost — All that is gold does not glitter, not all those who wander are lost.

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Apple Hunt
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MessageSujet: Re: "I dream today, tomorrow speaks." [S.]   Jeu 20 Sep - 12:13

https://www.youtube.com/watch?v=lu7uE5vrB_U

And as we lie silently
Your body soft, so close to me, close to me
I creep away and let you sleep
I dream today, tomorrow speaks
Oh my, my, my
Oh, how I tried

And as the sun comes out to play
So soon I wish the day away, day away
Still left unsaid, the things to say
I lost my heart through window panes
Oh my, my, my
Oh, how I tried
Oh my, my, my
Oh, how I tried



- Bon, avec tout ça j’ai apporté le goûter, tiens, j’ai pris ta boisson préférée !
- Ooooh, merci, t’es un amour !
M’exclamai-je en avalant une énorme gorgée qui pétilla dans ma gorge, me faisant rire.

Scott était toujours si attentionné avec moi… Une nouvelle fois, une euphorie m’envahit et colora mes joues, et je fus obligée d’en mordre l’intérieur pour réduire l’immense sourire niais qui me prenait. C’était de plus en plus compliqué de rester concentrée, de contrôler les émotions qui me traversaient, et je n’étais pas sûre de devoir les retenir… Après tout, ne voulais-je pas faire comprendre à Scott tout ce qui m’agitait ?! J’étais pourtant persuadée qu’il était plus perspicace que ce qu’il ne laissait paraître, mais c’était peut-être pour cela que je devais me contenir… Si Scott savait, mais ne faisait rien, c’est qu’il ne voulait pas, non ?! Et pourtant… Pourtant, c’était stupide, moi aussi je voyais bien comment il me souriait, la façon dont sa main restait quelques secondes de trop sur mon avant-bras quand nous nous disions au revoir… Ou alors j’avais vraiment tout inventé et je voyais ce que j’avais envie de voir ?!

Heureusement, notre discussion devint plus sérieuse, m’obligeant à me concentrer et à tenir à une distance raisonnable mes élucubrations amoureuses.


- Hmm hmm. Ça va. Encore une fois, le chef a fait durer la réunion bien trop longtemps et j’ai toujours la sensation qu’on brasse de l’air au lieu d’aller droit au but. Mais au moins le dossier que j’avais préparé a été validé en tous points. Maintenant on s’attaque à une nouvelle protection à destination des moldus, il y a eu pas mal d’attaques isolées par des loups-garous ces derniers temps, et on s’est rendu compte que les sortilèges de défense avaient vieilli et qu’ils n’étaient plus autant efficaces. C’est comme la technologie moldue qui évolue, il faut que nous aussi on suive. Je suis en train de travailler sur les antennes relais, car apparemment elles ne sont pas pour rien dans cette histoire de détournement de sortilèges, leurs émetteurs sont trop puissants.

Tout ce que Scott me racontait me passionnait toujours, mais je constatais avec tristesse que pour sa part, il ne semblait pas aussi intéressé parce qu’il me racontait.

- Rien de neuf en tout cas. Je me demande parfois si je ne serais pas mieux dans un autre service. Mais je n’ai aucune idée du quel… Ou bien il faut que je prenne mon mal en patience, mais ces temps-ci, je suis un peu fatigué.

J’avais bêtement envie de le prendre dans mes bras et de le serrer très fort, de lui dire que tout allait bien se passer, que j’avais confiance en lui, qu’il allait trouver sa voie et s’épanouir pleinement, et que de toute façon, le travail n’était pas la seule chose qui lui donnait de la valeur…

- J’étais sûre que ton dossier serait validé, je parie qu’il était parfait et très complet. En tout cas c’est drôle de se dire que la technologie peut être assez puissante pour interférer avec la magie… C’est comme si la technologie était une forme de magie en elle-même, tu trouves pas ?! En tout cas, je trouve que ça a l’air aussi mystérieux… Même en la côtoyant en grandissant j’ai l’impression de ne rien y comprendre, plaisantai-je. Avec mon père moldu et Maman qui était cracmol, j’avais été habituée jeune à la télévision, les téléphones, les ordinateurs, mais leurs fonctionnements restaient un mystère à mes yeux, malgré les tentatives de Sergheï de comprendre et de m’expliquer. Tu as des collègues avec qui tu t’entends bien qui sont dans d’autres services ? Peut-être que tu pourrais leur demander en quoi consiste leurs missions, pour voir si ça te parle plus ? Mais c’est vrai qu’il te faut peut-être un peu plus de temps pour s'ajuster ! Mais je suis sûre que tu vas trouver ce qui te correspond, que ça soit ton service ou un autre… Tu as tellement de potentiel, achevai-je d’un ton ferme et entendu. Moi, j’en étais déjà persuadée, c’était Scott qu’il fallait convaincre.

Je continuai à siroter ma boisson, qui avait au passage changé de saveurs, se transformant en d’un jus de citrouille et de cranberry acidulé à un parfum beaucoup plus doux, avec des notes de cannelle. Nous marchâmes jusqu’en haut d’une petite colline, admirant la vue qui s’étendait sous nos yeux, un Londres enneigé digne d’une carte postale. Le vent s’engouffrait dans les arbres, et je serrai un peu plus mon écharpe Poufsouffle autour de mon cou.


- Et toi, tu as hâte de retourner à Poudlard j’imagine ? Sergheï va bien ?

Je laissai échapper un soupir un peu las, et haussai les épaules en buvant ma boisson.

- Oui, il va bien, mais je crois qu’il est un peu déprimé parce que ses grands-parents ont fait un tas de remarques homophobes à table la dernière fois, et même s’il savait déjà qu’ils étaient fermés d’esprit… Je pense que ça le rend triste de devoir cacher ça, cacher Alec… Même si évident il a déjà tout rationalisé avec pleins de chiffres et d’études sur l’âge de ses grands-parents, leur religion… Bref, du grand Sergheï quoi. J’eus un petit rire à la fois amusé et tendre. Et sinon, hm, oui ça va… Enfin, c’est toujours nul chez moi, je ne sais pas pourquoi à chaque fois j’ai l’espoir que quelque chose va changer. Mais c’est pas grave, soupirai-je. J’allais bien finir par m’habituer.

On continua notre balade en discutant de choses et d’autres, jusqu’à arriver dans une clairière entourée par d’immenses arbres. Au centre, l’un d’eux s’étendait vers le ciel, dont le bleu perçait le tronc. Je fronçai les sourcils. Je m'approchai de l'arbre, posant ma main sur l'une de ses racines noueuse. Le tronc était ouvert sur plus de deux mètres, et je réalisai que l'intérieur était évidé, comme si le bois avait été rongé ; je laissai échapper une exclamation surprise et excitée, chassai la neige des racines pour entreprendre mon escalade, faisant signe à Scott de me suivre. Évidemment, je n'eus aucun mal à me faufiler jusque dans le tronc, mais la carrure de Scott posa quelques difficultés logistiques.


- Non, non, attends, tourne toi plus tôt comme ça... Mais non ! Attends tu vas rester coincé, dis-je en l'aidant, prise d'un fou rire qui se propagea jusqu'à Scott. Ne va pas abîmer tes épaules, tu sais que c'est ce que je préfère chez toi !

Finalement, il réussit à se glisser, et nous étions à présent dans l'arbre, un petit cocon au bois poli par les années passées, et gravé de plusieurs prénoms et dates. Je me demandais toujours si les gens qui les avaient écrit étaient toujours ensemble, ou au moins toujours heureux. Mes doigts coururent sur l'une des marques qui lisait J + J entouré d'un cœur.

- Je plaisantais au fait, ajoutai-je d'un ton songeur. Ce n'est pas tes épaules que je préfère, enfin, il y a pleins de choses que j'aime…

Scott ne pouvait pas voir mon visage mais je souriais doucement, le cœur au bord des lèvres. Ohlala, mais à quoi étais-je en train de jouer, me murmura une petite voix dans un coin de ma tête. L'atmosphère était frais et vif, mais je pouvais sentir la chaleur réconfortante de Scott jusque dans mes paumes contre le bois, et une fébrilité nerveuse et impatiente s'installa au creux de ma poitrine. Notre petite cachette était exiguë, si bien que lorsque je fis face à Scott, nous étions dangereusement proches, seulement séparés par quelques poussières brillant dans le rayon de soleil qui filtrait par l'ouverture du tronc. La lumière claire se reflétait dans les iris de Scott, d'un bleu glaciale qui réchauffait mon cœur dès que je les observais. En grandissant en Suède, j'avais été habitué aux yeux bleus, si bien que j'avais même fini par les trouver banals, préférant ceux foncés qui me semblaient sortir de l'ordinaire. Mais ceux de Scott était différent - tout à coup, c'était les yeux les plus beaux que j'avais jamais vus - ils étaient clairs, presque translucides, mais ils étaient doux, j'aimais la façon dont ils se plissaient quand Scott riait, la manière dont ses pupilles changeaient de taille dès l'obscurité nous envahissait, quand il me regardait aussi, parfois... Le sourire qui était accroché à mes lèvres s'élargit légèrement. J'avais tellement envie qu'il m'embrasse que je me sentais prendre racine sur le sol, face à lui, me mêlant avec l'arbre, enfermant moi aussi Scott en mon cœur.J’avais l’impression de n’avoir jamais été si proche de Scott, si longtemps, d’avoir senti si fort combien j’aurais pu juste me pencher et l’embrasser, comment tout mon corps était aussi euphorique qu'apaisé. Je pouvais sentir sur le bout de la langue le goût qu’aurait eu cette réalité différente, si j’avais eu le courage de simplement embrasser Scott, si j’avais enfin lâché prise. Mais les quelques secondes s'envolèrent dans la poussière, et je me laissai retomber contre une aspérité du tronc qui formait une sorte de banc naturel.

- Au fait, j'ai reçu une lettre de mes grands-parents, ils m'invitent en Suède cet été et m'ont dit que tu étais évidemment le bienvenue ! Il faut qu'on s'organise, j'aimerais bien repartir avec toi, et en plus, tu as besoin de vacances ! Decrétai-je avec autorité.

Comme Scott s'installait près de moi, je sentis tout mon corps se charger comme un aimant. J'avais envie de me coller à lui. Je déglutis et remis distraitement l'une de mes mèches lilas derrière mon oreille, comme si de rien était, comme si j'étais pas en train de penser en boucle aux lèvres de Scott.


- Tu sais, ça ne ferait pas de toi un mauvais employé si tu levais le pied de temps en temps... Enfin, je veux dire, je sais que ton travail c'est très important pour toi, mais ce n'est pas la seule chose d'intéressante chez toi, tu vois ?! Parfois j'ai l'impression que tu te mets une telle pression que tu vas exploser au moindre faux pas… Songeuse, je rongeai nerveusement l'ongle de mon index. De quoi tu as peur ? Demandai-je tout à coup, l'intimité de notre cachette me rendant à la fois courageuse et vulnérable.

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