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Scraping the skies with our fingertips #Chuby2

 
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 Scraping the skies with our fingertips #Chuby2

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Ruby Standiford-Wayland
Apprentie à Sainte Mangouste



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Localisation : Cachée.
Date d'inscription : 03/09/2011

Feuille de personnage
Particularités: « and from the rain comes a river running wild that will create an empire for you. »
Ami(e)s: Lizlor; « Maybe home is nothing but two arms holding you tight when you’re at your worst. »
Âme soeur: « Lover, when you don't lay with me I'm a huntress for a husband lost at sea. »

MessageSujet: Scraping the skies with our fingertips #Chuby2   Mar 8 Jan - 17:21

https://www.youtube.com/watch?v=Y1DHYnsv6Gc

But it's always two steps backwards
Too much gravity to feel the highs
And all these plans I've been chasing
Getting caught up and wasted

I don't know where the money goes
I get broke as the city glows
Shines bright as I sink down low
Down low

But I've got plans to get to you
You know, don't you know
Gonna build a paper plane to float to you
You know, don't you know

We'll be scraping the skies with our fingertips
Screaming "This is the life, we were born for this"
See I've got plans to get to you
You know, don't you know
Don't you know
Don't you know
Don't you know







Gauche, droite, gauche, droite, gauche, droite. « A quoi penses-tu ? »

« L’appartement d’Ewan est rempli de cartons. Il s’en va. Il m’abandonne. Je ne peux rien faire. »

Gauche, droite, gauche, droite, gauche, droite. « A quoi penses-tu ? »

« Je suis derrière la porte, l’oreille contre la serrure, pour entendre les voix qui proviennent du salon. Je sais qu’ils viennent me chercher. Je ne me souviens pas quel âge j’ai. Je crois que j’ai presque neuf ans, mais je ne suis pas sûre. Je suis chez les Dormer. L’assistante sociale vient me chercher, je vais changer de famille d’accueil. Ils discutent de mon cas. »

Gauche, droite, gauche, droite, gauche, droite. « Concentre-toi sur ça. »

« Il y a une odeur épicée qui provient de la cuisine des Dormer, je la sens depuis ma chambre, mais je n’ai pas faim. Je ne me souviens pas de la dernière fois où j’ai mangé. Je n’aime plus manger. »

Gauche, droite, gauche, droite, gauche, droite. « A quoi penses-tu ? »

« Ma mère cuisinait, avant. Je me revois dans la cuisine avec elle, et les gâteaux qu’elle faisait, quand elle rentrait du travail, avant que mon père ne rentre. Je préfère les moments comme ça, où nous sommes toutes les deux. Je n’aime pas quand mon père est là. »

Gauche, droite, gauche, droite, gauche, droite. « Concentre-toi sur ça. »

« Je n’aime pas quand mon père est là. Je ne sais pas pourquoi. Pourtant c’est mon père, et je l’aimais. Il était gentil avec moi. »

Gauche, droite, gauche, droite, gauche, droite. « A quoi penses-tu ? »

« Les Dormer aussi étaient gentils avec moi, comme les Martin. Mais je dois encore partir. Ils ne veulent plus m’accueillir. Ça me fait tout drôle. »

Gauche, droite, gauche, droite, gauche, droite. « Concentre-toi sur ça. »

« J’ai envie de rire. C’est ridicule, toute cette histoire. Ils n’ont qu’à me laisser sur un coin de trottoir avec les objets pour la déchetterie. Dylan a dit que c’était là que les enfants comme nous finissaient, de toute façon. Surtout les filles. Je ne sais pas ce que ça veut dire. »

Gauche, droite, gauche, droite, gauche, droite. « Que ressens-tu ? »

« En fait, je n’ai pas envie de rire. J’ai envie de crier. J’ai envie de casser les choses autour de moi. Je sais que les Dormer n’aiment pas ça. Les Martin n’aimaient pas ça non plus, c’est pour ça qu’ils ne voulaient plus de moi chez eux. Ils préfèrent quand je suis silencieuse. »

Gauche, droite, gauche, droite, gauche, droite. « Concentre-toi sur ça. »

« On me demande toujours de parler, les médecins s’inquiètent que je sois si muette, mais personne ne veut m’écouter. On veut juste me donner des médicaments pour que je sois heureuse. »

Gauche, droite, gauche, droite, gauche, droite. « Concentre-toi sur ça. »

« Il y a quelque chose de bizarre en moi. J’ai envie d’exploser, mais je n’y arrive pas. Alors j’ai envie de crier, j’ai envie de briser les choses, parce que je peux le faire, je peux briser les choses, mais je ne peux pas me briser moi. Ça au moins, je peux le contrôler. Je suis en colère. Je crois, je ne sais pas. Il y autre chose. Je n’arrive pas à savoir quoi. J’ai envie de pleurer. »

Gauche, droite, gauche, droite, gauche, droite. « Concentre-toi sur ça. »

« Je ne suis pas en colère, je me sens coupable. C’est ma faute si je dois partir. Je suis une mauvaise enfant, je ne me comporte pas bien. »

Gauche, droite, gauche, droite, gauche, droite. « Concentre-toi sur ça. »

« C’est ma faute, c’est toujours ma faute. C’est ce que Maman m’avait dit. »

Gauche, droite, gauche, droite, gauche, droite. « Concentre-toi sur ça. »

« En fait, j’ai peur. J’ai peur qu’elle ait raison. J’ai peur de mon père. C’est pour ça que je préfère quand il n’est pas là. J’étais trop petite pour comprendre mais il y avait quelque chose de bizarre et je le savais. Maintenant, il n’est plus là, mais son souvenir me fait encore peur. Et j’ai peur de ce qu’il a fait. »

Gauche, droite, gauche, droite, gauche, droite. « Concentre-toi sur ça. »

« Je n’y arrive pas. »

Gauche, droite, gauche, droite, gauche, droite. « Ruby, qu’est-ce que tu ressentais à ce moment-là ? »

« Je… Je suis tellement petite. Je ne suis qu’une enfant. Et j’ai peur de ne plus jamais pouvoir être moi. J’ai peur que tout le monde m’abandonne, comme les Martin, comme les Dormer, j’ai peur qu’on m’abandonne avec les objets pour la déchetterie, j’ai peur qu’on ne m’aime plus jamais. J’ai peur de ne plus jamais être en sécurité, de jamais plus pouvoir rien contrôler. Je ne me souviens pas la dernière fois que je me suis sentie en sécurité. Je crois que je suis terrifiée. »



***



En sortant de ma session avec le Dr Laurens, je m’enfuis dans chambre, maudissant l’interdiction de fermer ma porte, et je me laissai tomber dans le lit, le cœur lourd. Mes jambes tremblaient légèrement malgré moi, et je fermai très fort mes paupières, essayant de me concentrer sur le noir, simplement le noir, aucune des images. Etrangement, je ne me sentais pas anxieuse, simplement vidée, exténuée… Et vulnérable. Si j’avais refusé de prendre des médicaments pour l’instant, nous avions décidé de commencer la thérapie EMDR dont nous avions discuté ; pendant une heure, je suivais des yeux les doigts du Dr Laurens, qui allaient de gauche à droite, ramollissant presque mon cerveau, répondant à ses questions, fouillant dans des endroits dont j’ignorais même l’existence, dans des souvenirs qui me paraissaient presque appartenir à quelqu’un d’autre. Je descendais sous les couches de souvenirs et d’émotions contradictoires, et j’étais toujours surprise de ce que je trouvais, tout au fond, et des associations que faisaient mon cerveau.

Je ne me souvenais pas avoir peur de mon père, petite. Je croyais avoir eu une enfance plutôt heureuse jusqu’à mes six ans et demi. Je ne pensais presque jamais à mes familles d’accueil, croyant que ce n’était plus important, que j’étais passée à autre chose. Mais j’avais simplement effacé toutes ces choses de mémoire. Ou plutôt, je les avais rangés profondément, et elles revenaient me hanter tout doucement, sans que je ne puisse les contrôler.

Toujours remuée, je décidai tout de même à me lever pour aller dans la salle commune. Il était bientôt 15h, et j’avais prévu de cuisiner, mais surtout de proposer à Chuck de se joindre à moi. Il n’était au centre que depuis dix jours, et il avait été si fatigué qu’il n’avait pas eu beaucoup l’occasion de faire autre chose que dormir et essayer de manger. Ça, et ses visites constantes à l’hôpital. J’avais fini par voir des traces dans le creux de son bras, et je me doutais que son corps devait être complètement épuisé du rythme et des substances que Chuck lui avait infligé pendant des mois. Mais malgré tout, Chuck était encore au centre, et j’étais heureuse de sa présence.

Je le trouvai dans la salle commune, où je l’avais laissé avant de partir pour ma session de thérapie. Il était installé dans le canapé, les yeux un peu dans le vague, à peine concentré sur la télévision qui était allumée. C’était Violette qui la regardait, et elle choisissait toujours des programmes que personne n’appréciait – elle m’avait traité d’ennuyeuse, un jour où j’avais demandé à regarder un documentaire sur la BBC qui portait sur les phoques. Je m’approchai de Chuck, ignorant le regard curieux de Violette, et lui caressai doucement le bras pour attirer son attention. Lorsqu’il me regarda, je me sentis sourire.


- Tu veux venir cuisiner avec moi ?

Dans la cuisine, Lana et Seb étaient en train de râper des carottes sous le regard affectueux mais concentré de l’un de nos encadrants. Je nous installai un peu plus loin, sur l’un des plans de travail, et récupérai tous les ingrédients nécessaires pour faire le dessert de ce soir. J’avais proposé une salade de fruit, un brownie, et un cheesecake, et comme nous étions une vingtaine, nous devions faire chaque recette en double. J’étais habituellement plus douée pour cuisiner du salé, et la pâtisserie étant plutôt la spécialité de Lizlor, mais je songeai avec un pincement au cœur que je pourrais peut-être lui faire honneur.

- Je voulais faire du brownie, du cheesecake, et une salade de fruits. Je n'ai qu'à utiliser un sortilège pour lancer le découpage de fruits, ça ira plus vite, et on fait la pâtisserie à la main, non ?

C’était étrangement plus thérapeutique de faire certaines choses à la main, mais vu la masse de pommes, poires et fraises que nous devions couper, un peu de magie ne serait pas refus. Je n’avais pas non plus envie de sentir le regard insistant de Pippa, l’encadrante, si je maniais un couteau. L’une des premières fois où j’avais cuisiné ici, j’avais tenté d’en subtiliser un, mais elle m’avait pris la main dans le sac, et je me sentais encore honteuse, comme une enfant prise sur les faits. J’agitai donc ma baguette, et le couteau commença à peler et découper les pommes, animé d’une main invisible, coupant des morceaux parfaitement égaux. J'eus un petit sourire triste. Maniaque, jusque dans ma magie, n’est-ce pas ?

- J’ai recopié les recettes, ça sera plus simple à suivre, dis-je, accrochant au mur deux morceaux de papier. On a qu’à commencer par le cheesecake.

Mais alors que je réunissais les ingrédients, une angoisse inattendue monta en moi, dont j’ignorai la provenance, mais je me crispai tout à coup, le cœur s’emballant, le souffle presque court. Il me fallut quelques secondes pour comprendre que c’était l’odeur de la cannelle, que j’utilisais toujours pour la croûte du cheesecake, qui avait déclenché une telle bouffée d’angoisse. J’associais la cannelle à Lizlor, mais son parfum m’avait toujours crispé sans que je puisse complètement l’expliquer. Puis, tout à coup, je repensai à ma session de thérapie, et quelque chose me percuta, m’immobilisant à nouveau. Mais oui… Bien sûr. L’odeur épicée qui provenait de la cuisine des Dormer, ce jour où j’étais parti de chez eux. C’était de la cannelle. J’avais tellement effacé ce souvenir de ma mémoire que j’avais complètement oublié… Je secouai la tête, et alignai bien droit tous les éléments sur le plan de travail.

- Tiens, tu peux casser les œufs, mais pas de coquille dedans, hein ? Repris-je, comme si de rien était, et de mon ton à la fois maternel et un peu je-sais-tout. J’eus un petit sourire. J’avais une impression de déjà-vu. La cuisine, c’est un peu comme les potions, et avec tous les cours particuliers que je t’ai donnés, tu devrais exceller ! Plaisantai-je.

Je n’avais pas oublié ce jour-là, où Chuck avait eu ses résultats d’ASPIC, et avait fondu sur moi dans un couloir en criant à moitié, pour m’annoncer qu’il avait réussi à décrocher un Acceptable en Potions. Ce n’était peut-être pas grand-chose, mais vu d’où nous étions partis, c’était presque inespéré.


- C’est drôle de se souvenir de tout ça, ça me parait tellement lointain maintenant. Je me souviens de cette fois-là où je t’avais dit que je ne buvais plus… J’eus un petit rire amer. Et je te questionnais sur tes problèmes avec Taylord, et tu me cuisinais sur ma nouvelle relation avec Ewan… Je me tus un instant, le cœur lourd. Je ne prononçai plus son prénom à voix haute depuis longtemps, et son visage apparût devant moi, le creux entre ses sourcils, ses yeux délavés. Parfois, j’ai l’impression que j’ai rêvé cette vie d’avant, dis-je, presque plus pour moi-même que pour Chuck.

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I touched the wet little drops and held them toward her. 'See, I'm not a robot. This is proof.' »



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Chuck Carlton
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MessageSujet: Re: Scraping the skies with our fingertips #Chuby2   Ven 11 Jan - 15:57

J’avais de plus en plus l’impression que quand tout se cassait la gueule, on devenait absolument tout ce qu’on avait détesté. J’étais vautré devant la télé comme une loque, et les images qui défilaient devant moi n’avait aucun sens parce que je ne me concentrai même pas pour les comprendre, mais je ne les quittais pas des yeux. Mon cerveau était hypnotisé et ça me faisait du bien, plus besoin de penser à rien, rien du tout. Mais voilà que j’étais devenu comme ma mère, une espèce de tas informe sur un canapé devant une télé qui braillait toute la journée, une vie de merde, un avenir de merde. Bien joué, non ? Mais je n’étais capable de rien d’autre. J’avais l’impression d’être arrivé au centre depuis une éternité, alors que ça faisait seulement dix jours. Sauf qu’en dix jours j’avais passé plus d’heures à l’hosto, chez le psy, chez le médecin que dans toute ma vie, et que du coup le temps se condensait étrangement, me donnant l’impression que j’avais arrêté de me droguer depuis dix bonnes années. Parfois j’y pensais comme si c’était hier, parfois j’avais l’impression d’avoir la nostalgie d’un ancien toxico qui repense à sa jeunesse. Dans un cas comme dans l’autre, je finissais toujours par en avoir envie, d’ailleurs. Je croquai plus fort dans le bâton de ma sucette, finie depuis deux heures au moins, il céda d’un coup, je l’avais trop mordillé. Victoria me jeta un coup d’œil passablement énervé à cause du bruit et je me demandai une nouvelle fois ce qui l’avait poussé à être aussi aigrie, parce qu’à part ça elle était plutôt mignonne. C’est à ce moment-là que Ruby se pointa, et j’étais tellement dans le gaz que je sursautai quand elle me toucha le bras.

- Tu veux venir cuisiner avec moi ?

Oui, évidemment. Son sourire me fit sourire. J’avais envie de poser ma tête contre elle et de m’endormir tout d’un coup. L’idée de cuisine ne me chauffait pas spécialement – de toute façon rien ne me chauffait – mais par contre l’idée de passer du temps avec elle, ça oui, et je hochai la tête sans hésiter une seconde. Ce qui me fit un peu mal, j’avais une migraine latente. Idiot. Je me redressai en prenant mon temps et la suivis.

Ma vie ne se résumait plus qu’à ça maintenant de toute façon : dormir, manger, dormir, Sainte-Mangouste, manger, le psy, Ruby, manger, Ruby, dormir. 7 jours sur 7. Inutile de préciser que Ruby était la partie la plus agréable du tableau. Sans elle j’aurais carrément sombré dans une dépression sans bornes, j’en étais persuadé, parce que je ne supportais plus les médecins et les psys qui me tournaient autour et me rappelaient sans cesse que mes conneries avaient fait de mon corps un tel chantier qu’il peinait à redémarrer, malgré tous les efforts qu’on employait. Les gros malins : pas besoin de me le dire, hein. Tout me coûtait, chaque geste, parler, manger, je n’avais plus d’énergie, plus de résistance, plus de défenses. L’héroïne avait tout arraché sur son passage, comme une tornade, il restait à peine quelques murs et quelques piquets dans les champs, rien de plus. Le seul point positif c’était qu’avec tout ça, même mon cerveau était au ralenti, et la majorité du temps je ne pensais à rien donc je ne ressentais rien. Autrement dit, le calme avant la tempête. Parce que je me rendais bien compte que quand ça allait particulièrement mal ou quand je me réveillais tout seul dans mon lit au milieu de la nuit, tout était là, prêt à exploser et à me rattraper. Mais je ne pouvais pas y penser maintenant.


- Je voulais faire du brownie, du cheesecake, et une salade de fruits. Je n'ai qu'à utiliser un sortilège pour lancer le découpage de fruits, ça ira plus vite, et on fait la pâtisserie à la main, non ?

Je ne savais pas trop comment, mais elle arrivait toujours à me donner un peu d’entrain. Je m’assis à côté d’elle, attendant sagement ses ordres.

- Oui, oui. De toute façon je n’utilisais pas ma baguette, vu mon état, c’était préférable. Même de ce côté-là j’étais handicapé… D’accord.

Ça me rappelait Poudlard, évidemment. Ruby était un peu le dernier petit fil qui me rattachait au Chuck d’avant, et à tout ce qu’il y avait de mieux avant. Je la regardai agiter sa baguette pour couper les fruits – si j’avais fait la même chose j’aurais probablement égorgé quelques personnes au passage – en me demandant si c’était vraiment pour ne pas utiliser ses mains ou plutôt pour ne pas toucher le couteau. Ça n’échappait à personne, cette histoire, et surtout pas à moi. Mais je lui laissais pour l’instant ses secrets, respectant le fait qu’elle me laissait les miens. Je faillis me moquer d’elle en contemplant ses morceaux parfaits de Miss Parfaite, mais les mots se bloquèrent dans ma bouche. Il ne nous restait rien de parfait. Au lieu de ça je me rapprochai un peu d’elle et posai un quart de seconde ma tête sur son épaule alors qu’elle me passait des ingrédients. Ce n’était pas de ma faute : de tout le monde qui gravitait autour de moi, jusqu’à Angie, Ruby était celle qui me donnait le plus envie de contact physique réchauffant et rassurant, parfois je me disais que je la collais comme un toutou et que c’était ridicule, et le reste du temps je m’en foutais pas mal.

- J’ai recopié les recettes, ça sera plus simple à suivre. On a qu’à commencer par le cheesecake.

L’odeur de la cannelle me chatouilla le nez et me fit éternuer une fois, puis deux, et je m’écartai tout de suite du plan de travail. Ruby était tellement dinguo de la propreté qu’elle allait criser et je préférais éviter ; je me rendis compte en plus en enlevant mes mains de mon visage que je saignais du nez. Comme un jour sur deux, évidemment. La coke m’avait défoncé toute la paroi nasale. Ruby avait l’air un peu chelou, du coup je partis vite, ne voulant pas la mettre encore plus mal à l’aise.

- Je reviens, soupirai-je. J’étais habitué, et j’avais juste à aller chercher un coton magique à l’infirmerie qui arrêtait l’hémorragie. C’est rien !

Je me dépêchai de faire le trajet, ignorant au passage les quelques regards interrogateurs des personnes que je croisais. Mêlez-vous de vos affaires.

- Tiens, tu peux casser les œufs, mais pas de coquille dedans, hein ? La cuisine, c’est un peu comme les potions, et avec tous les cours particuliers que je t’ai donnés, tu devrais exceller ! C’est drôle de se souvenir de tout ça, ça me parait tellement lointain maintenant. Je me souviens de cette fois-là où je t’avais dit que je ne buvais plus… Et je te questionnais sur tes problèmes avec Taylord, et tu me cuisinais sur ma nouvelle relation avec Ewan… Parfois, j’ai l’impression que j’ai rêvé cette vie d’avant.

Au début je me marrai un peu, elle avait pensé à la même chose que moi et je me souvenais couper comme une brute des racines de je-ne-sais-plus-quoi juste pour voir ses yeux s’agrandir et qu’elle râle gentiment, comme une Maman agacée.

- T’étais quand même plus sympa et plus mignonne que Nakamura,
c’était drôle de ressortir des noms du passé comme ça, même si ça faisait bizarre. Oui oui, je me souviens aussi.

Tay. Voilà une personne qui me semblait appartenir à une autre vie… Ouais. À une vie où Coop était encore présent. Je cassai mal un œuf qui coula le long du bol, et je lâchai un juron.


- Hmmm. C’est vrai. Et Lily, qu’est-ce qu’elle devenait ? Je me demandais à quoi ressemblaient ses soirées maintenant, sa vie, comme tous ceux que j’avais laissés un plan. Tay c’était différent, elle était retournée vite aux USA, je ne savais même pas ce qu’elle savait exactement de tout ce qui s’était passé. J’ai l’impression que c’est surtout les vies d’autres gens que nous. Mais du coup Ewan, il est au courant de ce qui t’est arrivé ensuite ? T’as plus de nouvelles ? T’as eu quelqu’un après ? Enfin à part le mec là, Jasper... Le connard, si j'avais bien compris. C'était comment avec lui ?

Peut-être même que quelqu’un l’attendait, tiens, en fait, je n’y avais jamais pensé. Je commençai à mélanger la pâte avec une grosse cuillère en bois, laissant mes pensées dériver tranquillement. Ils étaient rares, les moments où je me sentais tranquille.


_________________

CHUCK CARLTON
I should have known better, nothing can be changed - the past is still the past, the bridge to nowhere - I should have wrote a letter, explaining what I feel, that empty feeling - Be my rest, be my fantasy

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Ruby Standiford-Wayland
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MessageSujet: Re: Scraping the skies with our fingertips #Chuby2   Sam 12 Jan - 15:52

https://www.youtube.com/watch?v=6YPzivQ1lVc


Used to be vulnerable
Used to be dumb
I used to give it all, mmm
Hot like a firestone
100 degrees
Oh but now I’m so cold when they kiss me,
They touch me, they freeze
They say

Why’d you never trust
why’d you never love
why’d you never let ‘em in?
Why’d you wake up
with somebody in your bed again?
And say you love them till you leave
Why you out so late
Dancing with your fake friends
Getting in a state?
When the good guys come why’d you run away?
Why’d you hurt them?
Well I’ll tell you

When you’re young and you get your heartbroken
And he leaves, leaves the scars open
When you can’t believe it’s over
That’s when you get a little colder
Yeah, when your heart’s broken
And he leaves, leaves the scars open
Drunk cry-crying on his shoulder
That’s when you get a little colder





Chuck appuya sa tête contre mon épaule, et ma main se posa sur sa cuisse en réponse, mon pousse caressant le tissu de son jean, et l’instant d’après, nous étions écartés et recommencions à cuisiner. C’était tellement naturel que je le relevai à peine. Parfois, je repensais à ces moments et j’avais du mal à croire avec quelle facilité j’étais capable d’être aussi expansive physiquement – bien que la plupart des gens n’auraient sûrement pas qualifié ça d’expansif, mais pour moi, c’était déjà beaucoup. Chuck, lui, avait toujours été expansif, mais ici, c’était aussi différent, il était beaucoup plus fragile dans ces gestes ; comme un château de sable, dès que je posais ma main sur son bras, ses cheveux, j’avais l’impression qu’il s’effritait doucement. Mais j’aimais la proximité que nous avions développé, la facilité avec laquelle je répondais à ses mouvements. Il n’était ici que depuis dix jours, mais j’avais l’impression que cela faisait des mois, ou peut-être que nous ne nous étions jamais perdus de vue, et j’essayais de ne pas m’emballer, car j’étais consciente que Chuck pouvait partir d’un instant à l’autre. Mais j’étais heureuse qu’il soit là, j’avais l’impression d’avoir gagné un allié inespéré, dont la compagnie m’apaisait étrangement. Je lui jetai un regard en coin, souriant tendrement. Son visage était creusé, cerné, et il avait minci, comme s’il s’écroulait sur lui-même, son teint aussi gris que les nuages amoncelés dans le ciel, dehors. Mais il était toujours Chuck. Même s’il était l’ombre de lui-même, je reconnaissais toujours les contours de ce qu’il avait été.

Je sursautai lorsqu’il éternua, et l’angoisse me gagna lorsque je le vis saigner du nez, et mon cerveau me répétait en boucle bactéries, bactéries, bactéries, comme un vieux disque rayé. Heureusement, Chuck s’éloigna, et d’un geste fébrile, j’en profitai pour nettoyer tout le plan de travail, l’odeur du nettoyant magique au citron couvrant celle de la cannelle. Je savais très bien pourquoi Chuck saignait autant du nez, et mon cœur se compressa doucement. Il n’avait pas touché qu’à l’héroïne. A vrai dire, c’était plutôt rare que les addicts n’aient qu’un seul vice. Avec Jasper, j’avais touché un peu à d’autres choses, quelques pilules, de la weed, de la cocaïne, et mon nez saignant aussi lorsque j’en abusais les soirs où nous sortions dans les boîtes de nuit qu’il fréquentait avec ses amis. Ces substances ne me servaient qu’à multiplier les effets de l’alcool, qui restaient mes préférées, sans que je puisse expliquer vraiment pourquoi je les aimais tant. Je me râclai la gorge. J’avais envie de boire, tout à coup. J’avais envie d’être qui j’étais, lorsque j’étais ivre. Cette Ruby-là était tellement différente.

Lorsque Chuck revint, je lui fis un petit signe de tête pour lui demander silencieusement si ça allait, et il haussa les épaules, comme pour me dire que de toute façon, il était habitué. Je lui tendis la boîte d’œuf avec un sourire compatissant.


- T’étais quand même plus sympa et plus mignonne que Nakamura.

Le nom de Nakamura me surprit, c’était étrange de l’entendre à voix haute, mais pas autant que quelqu’un qui m’appelait « mignonne ». Je savais bien que Chuck l’avait dit comme ça, pour être gentil, mais ces derniers mois, je n’avais jamais été la fille « mignonne ». Je n’étais pas assez innocente et douce pour être mignonne. Personne ne m’appelait comme ça. J’avais été « sexy », « bonne », « canon », « belle » si j’avais de la chance. C’était comme ça qu’ils me voyaient tous.

- Hmmm. C’est vrai. J’ai l’impression que c’est surtout les vies d’autres gens que nous. Mais du coup Ewan, il est au courant de ce qui t’est arrivé ensuite ? T’as plus de nouvelles ? T’as eu quelqu’un après ? Enfin à part le mec là, Jasper… C'était comment avec lui ?

Je tendis à Chuck un fouet pour qu’il batte un peu les œufs, et lui fit signe d’ajouter la ricotta, la crème fraîche et le sucre, que j’avais pris soin de peser. De mon côté, je m’attaquai à la préparation de la croûte. Je n’étais pas mécontente d’avoir une excuse pour utiliser mes mains, car tout à coup, je me sentais bêtement vulnérable. Je pensais à un bon verre de vodka-soda, et secouai la tête.

- Non, non, il est au courant de rien, je n’ai plus jamais eu de nouvelles. Je ne suis pas surprise, après tout il est parti en Australie du jour au lendemain. J’écrasai les biscuits à l’aide du vieux rouleau à pâtisserie, quelques mèches de cheveux glissant devant mes yeux. Enfin, non, ce n’était pas vraiment du jour au lendemain. C’était prévu depuis le début, il avait juste omis de me le dire, dis-je avec un rire jaune. Je ne devais pas être une si bonne petite-amie pour qu’il puisse partir comme ça…

J’haussai les épaules. J’avais été bête d’y croire. Dire que j’avais pensé être avec lui pour toujours, que je lui avais dit que je l’aimerais pour toujours, que jamais je ne le laisserais mourir... J’avais peut-être menti. Bien sûr qu’une part de moi l’aimerait pour toujours, mais tous les matins, en me réveillant, j’essayais de tuer son souvenir, de le laisser mourir, avec un peu plus de violence que la veille.

Je posai un peu brusquement le rouleau à pâtisserie, et attachai mes cheveux en une queue de cheval brouillonne.  Ewan était tellement loin maintenant, j’oubliais presqu’il avait pu m’aimer.


- Jasper était ma première vraie relation après Ewan. C’était… Je me tus, cherchant mes mots. C’était étrange à définir. Je voulais dire que c’était abusif, complètement abusif émotionnellement, que je n’étais jamais tombée aussi bas, mais j’avais honte. C’était moi qui avait choisi d’être avec lui, c’était ma faute. C’était trop facile d’être si dur avec lui, maintenant que je n’avais plus besoin de sa protection. C’était très toxique, émotionnellement, il était très… Hm, il n’était pas très bienveillant. Mais je n’avais que lui, c’était mon choix, j’avais besoin de quelque part où dormir, d’être entourée. C’était mieux d’essayer d’aimer Jasper que de continuer à enchaîner les inconnus pour avoir un toit et de l’alcool.

Je mélangeai le beurre, les biscuits et la cannelle, comme si tout était normal, comme si j’étais en train de parler de la pluie et du beau temps. Je sentais l’anxiété qui commençait à monter, le ressac des souvenirs qui revenaient vers moi. Je repensai à tous ces hommes sans visages et sans prénoms, leurs gestes brusques, l’odeur de leurs draps dans lesquels j’enfouissais ma tête quand ils me prenaient. Je préférai toujours être dos à eux, peu importe la position douloureuse ou dégradante, au moins, je pouvais cacher mon visage, je n’avais qu’à jouer la comédie par quelques bruits. Au début, j’avais toujours peur qu’ils comprennent que je faisais semblant, mais j’avais fini par réaliser qu’ils s’en fichaient. Ils s’en fichaient que j’aime ça aussi. Ce n’était pas pour ça qu’ils couchaient avec moi. Je n’étais qu’une sorte de poupée. Parfois, et surtout quand j’avais assez bu, je me faisais croire que j’appréciais ce qui se passait, que moi aussi j’y prenais du plaisir. Souvent, je laissai la taie d’oreiller humide.

- Quand je suis sortie du premier centre, je n’avais vraiment nulle part où aller, les premiers jours, je dormais la journée dans des parcs, et je restais éveillée la nuit, parce que c’était moins dangereux, mais j’avais très peur… Une fille de mon âge, seule, et tout le temps ivre… Alors les premières semaines, je me suis débrouillée pour trouver des gens qui voulaient bien m’héberger. Mais personne ne le fait sans attendre quelque chose en retour, j’avais un peu baissé la voix, sentant que je rougissais de honte. Je sais, ça fait sûrement de moi une p… Je me tus. Je n’arrivais pas à dire le mot. Enfin, tu vois.

Je regrettai d’avoir attaché mes cheveux et de ne pas pouvoir me cacher derrière eux. Tout à coup, j’étais à nouveau cette fille ivre, dans la rue, qui était prête à tout, mais j’avais honte, j’avais toujours eu honte au fond. Je versai la pâte dans le fond du moule, les mains tremblantes.

- Et toi alors, tu es restée avec Lily ? Ou quelqu’un d’autre ? Demandai-je d’un ton de conversation, ne sachant pas si Chuck avait vraiment envie d’en parler.

_________________
Even Closer | Forever Young | So Cold | If Stars



« 'I feel things,' I said. 'I'm not a robot!' I stamped my foot and screamed. Then I burst into tears.
I touched the wet little drops and held them toward her. 'See, I'm not a robot. This is proof.' »



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